Reflexions d' antan...L'occupation sagienne 1940 1944


                             1938 -  39


QUE L ON M EXPLIQUE POURQUOI  GOOGLE SUPPRIME MES PHOTOS PERSONNELLES ,?  ELLES APPORTENT UNE NOTE POSITIVE AU TEXTE !







Réflexions  d'antan!  L'Occupation!

Ce n'est pas un roman mais des nouvelles disparates issues de mon journal ....
Septembre  1939


Les soldats anglais stationnent place du Parquet, devant la mairie, nous admirons leur équipement ….

<< Il faut reprendre par l’esprit ce qui a été perdu par les armes >>   Jacques Benoist Méchin




 DÉTAILS DE  JOURNAL
Nos films à nous! (Tarzan) Johnny Weissmuller  et (Jane) Maureen o  Sullivan:



Rina Ketty interprète ses grands succès: «J’attendrai» et «Sombreros et Mantilles», ses rengaines sont reprises en chœur chaque samedi lors du marché par les marchands de partitions groupés sur notre trottoir, place du Parquet, pratiquement à la porte de notre domicile.



Notre distraction du soir devant le tailleur Guimard, place du Parquet, et quel que soit le temps, froid ou neige! Bien sûr en cinéma muet.



 Rina Ketty, d’origine italienne, née à Turin en 1911, donc ressortissante de pays en guerre avec la France se fera résolument discrète pendant l’occupation.


























A la radio le président Lebrun présente ses vœux à la population française .
"Nous avons la ferme conviction que 1940 sera une année plus heureuse pour toute l’humanité".
Notre président semble résolument optimiste et nous en  acceptons l’augure.

«Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried » chantent les collégiens de Ray Ventura. La ligne Siegfried c'est la réplique allemande de la ligne Maginot.
Notre nouveau tourne disques 78 tours « la Voix de son Maitre»  égrène sans cesse ces rengaines militaires que nous reprenons tous en chœur . Nous sommes vraiment sûrs de l’emporter ..

Paris protège ses chefs-d'œuvre. Les premiers masques à gaz apparaissent et les démonstrations pratiques commencent dans les écoles. Tout le monde s'en équipe avec gravité et sagesse. Nous  les  écoliers, nous rions en cachette, ce masque nous donne un profil bizarre! L'expérience  des adultes, contre l’insouciance de la jeunesse .....

Avec Achille, mon copain de la rue Billy…. coiffés de notre masque, nous déclenchons un fou rire général !

Je dévore littéralement tous les livres de Paul Chack « Des Dardanelles aux brumes du nord, Marins à la bataille, les grandes victoires de Suffren …. »

Malheureusement Paul Chack sera séduit par la propagande fasciste, qui lui apparaîtra comme le prolongement de ses idées politiques, puis par le nazisme lui-même. Il adhérera au parti populaire français (ppf) et anglophobe forcené, souhaitera publiquement la victoire de l’Allemagne. Il sera fusillé le 9 janvier 1945.

Mesures prises en cas d’alerte
Lorsque les avions seront signalés, l’état d’alerte sera annoncé par les sirènes qui fonctionneront pendant une minute. La fin de l’alerte sera annoncée par  trois coups répétés.

8 Octobre 1939 (extrait de L'Echo d’Alençon)
"Les incendies seront annoncés par le tocsin et le clairon. Le maire rappelle aux personnes touchées par les réquisitions qu’elles doivent laisser aux réfugiés l’usage des cheminées situées dans les pièces habitées par eux."

Pendant ce temps la voix de   Ferdonnet sur radio Stuttgart nous assène: "Français , jetez bas les armes . Ne vous mêlez pas de ces batailles où les Anglais lutteront jusqu’au dernier Français. Les Anglais donnent leurs machines, les Français offrent leurs poitrines".

16    Octobre: Antoine de Saint-Exupéry publie "Terre des hommes"

Saint-Exupéry, c’est maintenant mon livre de chevet et son image me poursuivra lors de mes rêves les plus lointains. Peut être était-ce un clin d’œil du destin ?


Dans les années 50, alors que la France était encore maitresse d’un vaste empire colonial, notre lourd hydravion quadrimoteur Sunderland survolait, les côtes africaines, des sables du désert de Mauritanie et du Rio de Oro aux profondes et impénétrables forêts intérieures de  Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia. Il y avait une sorte de majesté dans les formes massives et immaculées de notre oiseau blanc à vouloir nous faire découvrir ces horizons inconnus, pleins de mystère.
Scènes de vol sur Sunderland, lac de Bizerte, le Niger, etc..


Il serait vain de nier que durant ces années d’occupation, Paris ait continué à briller du feu de ses spectacles et à exercer un grand rayonnement artistique sur l’ensemble du pays.
Avec l’interdiction de présenter des films anglo-saxons, les dirigeants des salles occupées se trouvent plongées dans l’embarras. Privées de bandes américaines, il ne leur reste plus de choix qu’entre l’écoulement des comédies allemandes et les films français jugés
Tous ces films arrivent en province et le directeur du Rex, Mr.  Moindrot les met régulièrement à l’affiche. Je crois savoir qu’il a quelques difficultés à trouver un opérateur. 


On ne se bat pas sur terre , mais la lutte des propagandes est d ‘une rare activité.

Des haut-parleurs ,installés à portée d’écoute,s’ adressent aux soldats dans chacun des camps pour tenter de saper le moral . L’organisation du théâtre des armées est parfaitement au point  et remplace les opérations militaires .
Le grand Etat Major se condamne à l’immobilisme! 
Le casino de Paris expose un spectacle extraordinaire où triomphent Joséphine Baker et Maurice Chevalier qui se partagent la scéne . Achille me parle souvent de son oncle qui travaille à Tabarin , spectacle hors du commun où les chevaux me dit il ....montent sur scéne avec les comédiens ... 

Un  soldat anglais rivalise avec    Conté  ( pris de ma fenêtre )

Dans notre petite cité la confiance rêgne ! Pas l’ombre d’un doute ,comme en 1914 ,nous remporterons la victoire . Mes parents envoient des  colis à quelques soldats  amis de la famille, isolés sur le front . Delorme , Baglin,
Quelques uns sont invités ,lors de leur permission ,à partager notre repas , amélioré pour la circonstance .
Impatient d’écouter leurs récits ,je découvre qu’ils n’ont rien à dire .Il  ne se passe rien sur le front ... Parait il que soldats Français et Allemands s’envoient des paquets de cigarettes !
A l’école pour marquer la solidarité de la nation avec ses combattants une large opération de parrainage est organisée .Les écoles sont mises à contribution et adoptent un filleul auquel elles envoient des colis .
Notre  jeunesse toujours prête à en découdre avec un ennemi invisible ou imaginaire trouve  enfin un  moyen  d ‘ exprimer .......  son énergie  débordante.
Les  combats aux  marrons d’ inde  entre  jeunes Francais et Espagnols avec casque et bouclier ,caparaçonnés comme des chevaliers du moyen âge ,sont terribles et  se  terminent à  la nuit tombante ,  faute de  combattants ! Notre cave et celle de C .. V.. sont  transformées en  réserve de  munitions. Les   affrontements sont  quelquefois sévères  ..... et  la  prise  de »la Butte à Patard »   point culminant de la région ,par les  Français constitue   un haut fait d‘armes.
José Molina  né en France de parents émigrés , nous sert d’interprète  Son père retourné en Espagne  a été  tué alors qu’il luttait dans le camp républicain entre l’Andalousie et Valence
La liste de mes camarades espagnols s’allonge démesurément et notre équipe turbulente profite de tous les motifs pour s’affronter dans un esprit pacifique
Le garde champêtre en uniforme , personnage incontournable  de notre petite ville ,essaie bien de calmer nos ardeurs guerriéres .... ,mais  en désespoir de cause  il  abandonne le terrain aux belligérants . Un beau  jour nous lui subtilisons  son inséparable tambour . Apparemment adepte du précepte  de la bible «  le bon vin réjouit le coeur de l’homme " il n’avait pu  résister aux effluves dégagés par le café voisin.
Lassés  des plaies et  des bosses nous  décidons de  nous affronter au  football .,Le nombre de  joueurs est  illimité ....et  les  matches  se  terminent à  la  nuit  tombante avec des  scores  impressionnants .

 Dimanche  octobre 1939  (extr echo d’Alençon )


Le maire fait un  appel pressant auprés de ses concitoyens pour leur demander de penser aux soldats au front en apportant à la mairie des livres et  des brochures qui seront envoyés aux armées notamment au 104 éme RI 


                                                    


                                                1940


21  22   janvier    Chutes de  neige importantes Belles parties franco espagnoles sur la place Voltaire  (place du friche )
16  17   fevrier        Mauvais temps ;la place du parquet sous la neige ,personne hors de chez soi . Volets fermés  Pas de flâneurs 

 

C’est la sortie de l’école . Il neige ! Pour nous c’est le bonheur suprême !

Place du Friche ;les groupes de combattants se forment et s’attaquent aux passants , pris de panique .   Avec ce froid ,notre bonhomme de neige devrait résister plusieurs semaines
Chaque jour ,Il suffit de mettre le nez dehors pour savoir qu’il fait toujours  un froid de canard ! moins 15 à moins 20  degrés  sur notre place du Parquet .Le barométre se maintient obstinément en dessous de zéro ,les riviéres et les étangs sont gelés .A Paris la neige bloque la circulation . Le record est certainement relevé dans les Alpes où l’on enregistre   - 40  degrés .
C’est vraiment le grand hiver fait de pluies et de glace  .Emmitouflés , le nez  disparu sous un épais passe montagne , la bise du Nord nous fouette le visage .
Agrippés à la vitrine de Mr Guimart le tailleur nous assistons à une séance de cinéma muet en plein air ….Pas de répit ….. nous on ne craint pas le froid …


Le grand comique des années 30  C’est «  Charlot «  ,!  Insensibles au vent glacial qui nous souffle  de la route de Rouen ..la direction du grand nord …., nous guettons l’apparition des premières images saccadées , en noir et blanc .
Fervents lecteur de jack London nous voulons transformer le chien de l’ami Achille,setter irlandais noir de jais ,  en chien de traineau Ce n’est pas  « Croc blanc » combattant féroce ,fier et puissant subissant la méchanceté des hommes mais un  docile Setter farfelu  craignant  la neige et la glace …Rien à faire !  il refuse tout attelage …ou démarre sur les chapeaux de roues au premier signal ….

Notre place si célèbre soit elle , c’est bien sûr  le palais des courants d’air ...mais  aussi notre territoire ,notre chasse gardée ,le point de rassemblement des jeunes du quartier en quête de bagarres ,d’affrontements , et de facéties les plus diverses.
Notre pittoresque et moustachu  garde champêtre essaie bien de concilier les esprits belliqueux ....mais notre nature reprend le dessus  ..Désespéré il nous abandonne le terrain.

Echappant à sa grand mére ,mon ami Achille essaie de nous rejoindre  mais malheureusement son chien au flair de grand chasseur a vite fait de  découvrir son lieu de retraite

Le cri aigu et prolongé de la grand mère partant de la rue Billy , traversant notre grande place a vite fait de le rappeler  à ses devoirs de commissionnaire


14 mars  grand vent ….des toitures s’envolent

De la fenêtre ,je regarde passer les convois remontant apparemment vers la route de Rouen .
Trois camions de sa majesté  s’arrêtent sur la place . Tiens des Ecossais !
L’un d’eux en kilt bien sûr , se détache du groupe pour nous demander la direction d’Argentan .  Longues palabres ...gestes à l’appui ...ils sont sur la bonne route !

16 mars   Violent orage

 

 20  Mars

Depuis 3 mois la Finlande résiste à un contre 60 ; ; ;édite Paris match ,Que tous les journaux pleurent sur la petite Finlande ne semble pas émouvoir le monde …
Les soldats finlandais entièrement vêtus d’un  blanc uniforme qui  s’intégre parfaitement en plaine ou en montagne luttent pied à pied .
Les avions russes lancent leurs bombes incendiaires sur les villes ouvertes
Nouvel avis de la mairie par le garde champêtre ,au son du roulement de tambour …           Faute de camoufler convenablement les lumières  ,des contraventions seront dressées sans pitié aux délinquants sans avertissement préalable
Ainsi les premières semaines de fièvre et d’animation ont vu affluer une nuée de recommandations , et de consignes ….,exercices sur le maniement des masques à gaz , le collage sur les vitres et les vitrines de bandes de papier , la protection des bâtiments publics  par des sacs de sable  , le recensement et le numerotage des caves- abris , obligation de teinter en bleu les lampes de poche et les phares des véhicules , reglementation sur les horaires des salles de spectacle ,interdiction des courses hippiques
   Ainsi notre cinéma Rex devra se plier à de nouveaux horaires Quand aux entraineurs et jockeys de la région les Forcinal ,Riault , Bozo,  ils font grise mine

Le maire invite les sagiens à se montrer généreux pour venir en aide aux norvégiens qui souffrent pour la défense de nos libertés

Le  maréchal ferrant ,aux Halles ,  prés de la gare,nous le connaissons ..Solide gaillard aux bras musclés ,il  tape comme un forcené ,sur son enclume dés l’aube en défiant le métal rouge  « Tiens c’est ce que faisait mon grand pére «  dis je à Achille . L’énorme  soufflet tout noir de suie ,unit le vent et le feu ,et la braise jette de joyeuses étincelles……

24 avril       pluies importantes

Quelques contraventions contre les habitants indisciplinés  ne camouflant pas leurs fenêtres et vasistas
Notre vitrine et nos fenêtres sont  couvertes de bandes collantes… systeme préconisé pour leur  protection contre les  effets des explosions . Le vasistas du grenier  est peint en bleu .
La chasse aux traits de lumiére commence …

2 Mai


Stationnés sur la place aux pieds de Conté ,les « Tommies «  nous font des signes d’amitié . ...La TSF   fredonne «  On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried ...
Un journal représente le traitre francais Ferdonnet fils d’instituteur né dans les Deux Sevres en compagnie de sa femme une allemande ,dans la villa qu’ils habitent prés de Berlin
Qui a brulé jeanne d’arc ? les allemands peut être ! Qui a mis Napoléon à Sainte Helene ? notre ennemi hereditaire ce n’est pas l’Allemagne mais la perfide Albion
Les Belges ,les premiers,quittent leurs villes et leur campagne, puis les gens du Nord et ceux de l’Est . D’abord on les regarde passer ;mais  peu à peu devant le déferlement allemand et la peur grandissante, les villes se vident . Dans l’exode qui se dessine ,chacun découvre un autre monde.
En bois verni et  de forme ovale , la forme à la mode ........notre poste de TSF trône   maintenant sur  le  buffet de  la  cuisine , prés de la fenêtre ...Campés  devant  le  haut parleur nous l’admirons tel un objet d’art  ,  c’ést notre point d’attraction , notre centre de vie. 
On écoute une fois par semaine « les vieux succés français « où l’époque 1900 apporte ses mélodies ,,ses chansons  ,ses comiques troupiers ,ses valses hésitation .
On passe de Polin à Mayol ,d’Yvette Guilbert à Berthe Silva . Les romances tremblent d’émotion et de sentiment ; ; ;et on peut imaginer  les gestes poignants des chanteurs en écoutant « Envoi de fleurs «  et « Fermons nos rideaux ». C’est l’ambiance attendrissantes  des mariages ou des réunions de famille avec « Petits enfants prenez garde aux flots bleus « , folklorique avec « fleur de blé noir « ,comique avec « la caissiére du grand café «   
.
La boutique du coiffeur ,celle de mes parents constitue le point de ralliement des jeunes et des sportifs de tous genres .C’est là qu’on commente le Tour de France ,que les joueurs de foot du club local rappellent leurs exploits ,qu’on  écoute Georges Peeters parler de sports à la TSF On y rencontre les propriétaires des écuries de courses de la région ,Forcinal ,Riault ,Bozo ,Lévêque , ..et .les jockeys de trot attelé ,.Le cheval attelé à  son sulky devant la maison attend sagement que son maitre en termine avec les bavardages . .
 On y rase des paysans à la barbe rude . Aux odeurs du salon se mêlent des senteurs de chypre ,de brillantine et de gomina .
Des photographies de boxeurs ,de cyclistes , de Vietto ,Speicher , Bartali ,voisinent avec des affiches portant en écriture ronde « Union Sportive de Sées « ou USS contre L’US Mortrée . C’est le derby local !

Les commerçants de la place ,bien sûr nous les connaissons tous . Dans l’ordre ,notre voisin le boulanger Bocquel dont la vitrine est contigue à la nôtre, le quincaillier Guédé ,l’électricien Ipcar , l’épiciér Monsieur jouy ,la modiste Madame Buhot , le marchand de primeurs Bujosa et le café Ferté .
Nos voisins les plus proches ,une vieille dame ,ancienne ambulante en passementerie ,la  coiffeuse Madame  Frémiot dont le mari est transporteur ,le docteur Melun qui bénéficie d’un droit de passage dans notre cour .et pere d’une nombreuse famille




« Le Caiffa «  rue Billy  ,lui se déplace avec sa petite voiture tricycle remplie de tous les produits d’épicerie qu’il livre à domicile ,même dans les coins les plus reculés de notre campagne .
Quelques minutes d’inattention et nous lui dégonflons ses pneus ...Pas commode le bonhomme !


Le  prix de  la  place est approximativement de un franc pour les  troisiemes ou  les  premiers  rangs.C’est là que nous sommes avec mon ami Achille   les deux premiers fauteuils à droite prés de l’écran

,
Le hall carrelé du cinéma Rex est couvert d’affiches et de photographies d’acteurs représentés généralement  par couples :
Les vedettes du moment ….affiche ci-dessus      Pierre Richard Wilm , Victor Francen  Gaby Morlay , Aimé Clariond ,
Mais aussi
Jean Murat et Anabella ,Sacha Guitry et Yvonne Printemps ,Maurice Chevalier et   ,et au hasard des films , Raimu ,Aimos ,Larquey ,Saturnin Fabre ,Pierre Brasseur ,mais bientôt les vedettes américaines comme Clark Gable , jeannette mac Donald  disparaitront des écrans ....

Un film documentaire parlant et sonore ,les actualités annonçées par un coq ,avec leur catastrophe hebdomadaire ,leur président en haut de forme ,leur défilé guerrier , un film comique ...et enfin le grand film avec ses stars .  


Sur la place de la cathédrale ,là où se situent les arcades de la mairie ,un vieux rémouleur agitant sa clochette  se déméne sur son engin et  pédale comme un forcené ,dans le but de faire tourner sa meule . Il crie « rémouleur ..couteaux ...ciseaux   «   et  juge du fil des lames qu’on lui donne en le passant sur la pointe de  son pouce .
La meule en tournant allie l’eau et les étincelles .Beaucoup de couteaux ,ceux du boucher de la rue Léveque , de la ménagére , des longs ,des larges ,des minces ,mais aussi les rasoirs du salon soigneusement entretenus  par mon pére .
Cachés derriére l’un des piliers de la mairie , nous  crions au vieux rémouleur absorbé par sa tâche .... »Baisse la tête ,t’auras l’air d’un coureur « !


Les  jours de  marché ,le samedi ,les chanteurs des rues  se  rassemblent sur les trottoirs devant notre magasin et  entraînent  la  foule dans la  chansonnette , avant  de  vendre la  partition des succés à la mode ; On s’ arrache les partitions ! Mistinguett ,Réda Caire ,Rina Ketty , Lucienne Boyer ....
Ce marché ,c’est l’événement hebdomadaire .Par toutes les routes ,les chemins convergeant vers Sées ,arrivent les paysans du canton . Ils affluent  de tous les villages environnants .
Les pavés glissants de la rue Billy vibrent sous le poids des voitures à chevaux ,…..
Des villageoises  ,quelques unes en coiffes ,à pied ,de lourds paniers au bras ,des bicyclettes ,des charrettes attelées ,des carrioles , donnent au paysage cet aspect animé et laborieux qu’on trouve dans les tableaux et les cartes postales d’autrefois .La ville resplendit d’une vie nouvelle . Les commerçants travaillent à plein ,et montrent leur bonne humeur .
Achille et moi ,nous nous faisons un  devoir de planter avec délice ,notre doigt dans les lourdes mottes de beurre qui remplissent les paniers en osier exposés sur la place du Parquet .
Une famille juive vit cour du chapitre où l’abbé Vaucanu leur a trouvé un logement . Cette famille   Ezygman ; ; ; ; ;se montre très discréte  Deux garçons dont l’un est dans ma  classe  à l’école communale 
….;L’ainé  ,futur professeur donne clandestinement  des cours d’anglais le soir à ma sœur ; evitant ainsi de se faire remarquer et  malgré   les remarques désobligeantes de certains sagiens ;
Epargné par les rafles meurtriéres, après la déportation de ses parents  Il me rappellera après la guerre ces quelques mots agressifs   d’une paysanne alors que sa famille   achetait du beurre et des œufs sur le marché du Samedi ,  place du Parquet «  je croyais que les juifs avaient les mains crochues ! ! ! 
Aprés la guerre et après quelques recherches je contactais l’un des deux freres   habitant Levallois  Lui et son frere avaient  échappé   à le rafle de juillet 1942 à Paris  et gagné le maquis en zone libre  Par contre leurs parents tailleurs, rue du Sentier déportés à Auschwitz      ne survivront pas à cette rafle  et seront déportés dans un  convoi fin 1943

 


l'occupation
octobre 1940  Notre premiére  sortie de l 'école et la liberté de nous  échapper de la vigilance  sévére du pére M....  Mais  bien sûr notre premiére visite 
 c est le chantier prés de la  cathédrale  déserté depuis juin de   nos escapade et tribulations






Les  bruits de bottes en Allemagne ont  dejà  réveillé  les  fantômes de  la  grande  guerre  . Les films patriotiques «  La grande  illusion «  avec Jean Gabin ,Pierre Fresnay , Eric Von Stroheim ,Dita Parlo  ,  remplissent  Notre cinéma Rex

Le cinéma des samedis  et dimanches est devenu notre principale distraction ,rien d’autre à faire ….posté prés de  la cabine de projection ,l’un de nous , fils d’instituteur , suit avec assiduité les films allemands  Mis à l’index par notre groupe  … en raison de   ses convictions pro germaniques 

Quelques films considérés comme des chefs –d’œuvre » les enfants du Paradis « «  Pontcarral » » l’Eternel Retour » » le Corbeau »….aux heures sombres de la répression et de l’exclusion  
Le 7 eme art est soumis à la volonté de Vichy et les allemands tentent de s’emparer de cet instrument de propagande afin  d’exercer sur lui un pouvoir de contrôle et de censure
Films et acteurs juifs interdits …L’activité cinematographique est donc assujettie aux volontés de l’occupant . Qu’est devenu Harry Baur ? comédien juif ?
Un français bat un record du monde de brasse , Alfred Nackache que nous avons admiré aux actualités du Rex  disparaît pratiquement de la circulation ....juif peut être !
Derrière le rêve l’ordre établi…    Méfiants envers les films produits avant l’armistice les allemands finissent par interdire ceux qui étaient tournés avant 1937 et Mr Moindrot est obligé de se plier aux nouvelles directives de la kommandanture 
Bien qu’elle soit d’origine germanique la comédie musicale interprétée par exemple par Marika Rokk dans le film Cora Terry fait salle pleine chez les jeunes sagiens   
Django Reinhardt  est au fait de sa gloire avec « Nuages « improvisation musicale  inspirée par la traversée de grands vaisseaux de pluie dans le ciel mélancolique de Paris ….

A l’affiche « la ville dorée » …Ruée sur le Rex  avec nos camarades espagnols ….
Grand succès …c’est le  premier grand film européen en couleurs Ce n’est pas le scénario qui attire mais une curiosité bien légitime pour ces nouveaux coloris utilisant le proçédé  Agfacolor
Die goldene Stadt

et encore   ...
Les jeunes en âge d’accomplir le STO  ne s’aventurent plus guère , dans la salle du Rex depuis que les salles de spectacle  sont visitées  de temps à autre par la police Les classes   21  22  23  sont particulièrement surveillées

Quand à nous ,lors de  projection de films destinés à la Wehrmacht nous sommes tolérés …. Nous nous faisons « tout petit »…bien calés dans  notre fauteuil 

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris
La Fille du Puisatier de Marcel Pagnol - Raimu et Josette Day
la_fille_du_puisatier

Le 16 juin 40, le Maréchal Pétain, propulsé à la tête de l'Etat, demande l'Armistice, qui sera signée le 25 juin.
Mr Arnaud nous laisse nous infiltrer dans les premiers rangs du cinema .. A defaut d’autre chose j’aurais au moins retenu l’essentiel des films  pendant cette période noire
Que faire d’autre …que le cinéma!et pourtant nous nous somme fait virer un bel après midi d 'automne par une bande de SS  éméchés  je me suis retrouvé sur le trottoir avec mon ami jlui avec un oeil au beurre  noir et moi l'arcade sourcillère endommagée  Le prétexte l'un de nous ....nous  ne  le saurons jamais ayant  mis du fluide glacial sur les fauteuils réservés  a la Wehrmacht





Nous attendons avec impatience le disponibilité d’un stade ou d’un terrain de football On parle d’un terrain appartenant à Marigny
Réunions interdites , bals supprimés nous trainons dans les rues à guetter le moindre divertissement L’ USS nous fait les yeux doux pour créer une équipe d’athlétisme capable de rivaliser avec l’Espérance de Sées
Une sourde rivalité , va croissante mais  suffisante pour créer une certaine motivation dans nos rangs
_Le petit génie équipé de voiture à bras ,pelles et balais, dirigé par Mr P....  procède à l’entretien des rues ‘ et  à la plantation des arbres  Nous  cachons sa goudronneuse dans la rue du grenier à sel L’équipe d’entretien  devient d’ailleurs notre cible privilégiée Nous …..nous vivons dans une totale insouciance celle de la légèreté de l’adolescence
En « empruntant » la barque du Cour utilisée pour le ramassage des algues flottant en surface ,nous sombrons  corps et biens prés du lavoir engloutissant tous les outils de cette vaillante équipe   
Des amis parisiens  de Levallois et Montrouge en quête de ravitaillement nous font part de la situation difficile des habitants  pratiquement rationnés sur la plupart des produits de la vie courants , beurre , lait , creme , etc..

Dimanche 27 decembre 1942

Un veteran de l’école se fait particulierement remarquer en interprétant  deux morceaux d’harmonica à l’arbre de l’école maternelle , le veteran c’est jean mon frere  ( journal de l orne du 8 janvier 1943)
Mme Greiner notre championne est classéee aspirant dans la catégorie des athlètes internationaux. Deux enfants en bas âge ne l’empêchent de montrer l’exemple aux futures vedettes sagiennes de notre athlétisme

Son mari  a pris en main l’équipe locale et , se distingue au poids et au lancer   du disque

Le comité d’aide aux prisonniers reçoit quelques dons

Les inspecteurs du contrôle economique découvrent à Belfonds un abattage clandestin  mr jardin propriétaire de la ferme a été arrête Est ce le fameux Jardin dont tout le monde parlera dans le cadre de la gestapo ornaise ?

                                                                                                                                                                      

 

 


1943   Mauvais temps    Tempête


                                                        N’oublions pas le couvre feu …

Les vieilles rues de la ville c’est notre domaine …quelques minutes de marche et nous nous  retrouvons au bord des eaux sombres et tranquilles de l’Orne   prés du vivier à l’affut du moindre bruit de bottes . Les cloches égrènent 11 heures… heure du couvre feu … c’est le grand calme , la pleine lune semble marquer le centre du monde et son contour se réflète dans les eaux glauques de la riviére obscurcie par les roseaux et les nénuphars .Je me fais la reflexion suivante           ; ; ; ;  Partant de Saint  Remy ,lieu de naissance  de la source ,rien n’empêchera les eaux de de l’Orne de s’écouler calmes et sereines vers leur embouchure  .et les rivages de la Manche

Les eaux de l’Orne recouvertes de nénuphars et de roseaux En bas à gauche , le lavoir ,lieu de rassemblement des laveuses toujours en quête des derniers potins du pays
A pas feutrés nous reprenons le chemin du retour en empruntant les ruelles les plus sombres . La rue des Cordeliers et enfin la place du Parquet   Les traits de lumière mal dissimulés filtrent prés des bords des rideaux noirs de notre vitrine .Ma premiere penséee «  je vais me faire emballer « …  Claude et Pio ne peuvent qu’acquiescer ; ; ; ; Pris d’une irrésistible panique ils se sauvent à toute jambes , Claude direction place Voltaire et Pio route de Rouen
Il était temps , dans le silence de la nuit  , des bottes ferrées résonnent sur le pavé de la place   et se perdent dans le dédale des petites rues..

Notre campagne est devenue un lieu de pèlerinage …


fevrier 43 

Quelques parisiens de notre âge en quête de liberté dans nos campagnes nous tombent du ciel . Ils ont droit bien sur à l’accueil privilégié «  parisiens têtes de chiens …parigots têtes de veau .. »
Ils deviennent bien vite nos amis .. Ainsi les deux frères Bordas habitant le quartier de Montparnasse et habitués des courses au vel d’hiv  nous convient route d’Argentré à des courses cyclistes  acharnées, sprints endiablés où nos deux parisiens y mettent tout leur cœur    Ne sommes nous pas dans  une période où la bicyclette vaut tous les royaumes du monde
Les allemands eux mêmes sont attirés par notre campagne , Lentz le responsable de l’organisation Todt dans le département emploie des moyens radicaux pour convaincre les fermiers réticents  
Mitraillette à ses côtés il entre impunément dans les fermes en quête de denrées introuvables en Allemagne

22 mars 1943   



Arrestation de Netter Marianne    déportée de  Drancy le 23 juillet 1943 pour Bergen Belsen   
sera rapatriée le le 18 mai 1945
Au printemps  une   menace autre que   l’étoile jaune ….. le service du travail obligatoire ( STO ) décidé par Pierre Laval pour satisfaire aux besoins de main d’œuvre de la machine de guerre allemande et visant les classes 1940  1941   1942

 

 

 

 

 

 

 

Affiche  place du parquet

 

 

 

 

Suite à un accord entre notre maréchal et le commandement allemand plusieurs milliers de prisonniers particulièrement les pères de trois enfants seront renvoyés dans leurs foyers

Internés au stalag 11  B de Fallingbostel       ( Hanovre ) certains avaient réussi en prétextant leur expérience de fermier à se faire affecter dans une ferme à divers travaux d’’agriculture   . Avec un peu de chance cette faveur leur permettait de retrouver une vie familiale même s’il s’agissait d’une famille allemande   Les fêtes de fin d’année leur donnaient prétexte à retrouver le camp et de participer à l’organisation de jeux , danses et représentations diverses

 

Avril 1943


Les bruits se répandaient très vite  dans notre petite ville ….La vie clandestine finissait par remonter à la surface ….A  mots couverts on parlait  de trois polonais aidés par Edouard Paysant en avril 1943 qui auraient passé une nuit à Sées …..
j’ai cherché après la libération à éclaircir cette histoire à partir d’un rapport d’évasion obtenu auprès du ministère de la défense britannique (service des archives) compte rendu qui m’apportait les résultats suivants AVION DU SOE
MI  9     Rapports d’évasion nos  1232 et 1233 du F/O Boleslaw Korpowski et T/Sgt  Dent  ,Allen  Neville( ref à rapport d’évasion1998 Roger Cornevin adressé  aux archives départementales )et extrait des Archives de la RAF ) 
Un  avion  décollait  de Tempsford à 20.30 le  12 Avril 1943 pour une opération SOE   
 et  touché par la Flak ,faisait   un atterrissage  forçé prés de Caen ( Calvados )exactement à Douvres la délivrande
L’équipage se partageait  en 3 groupes et l’un des groupes   se dirigea à pied vers Argentan
Sees alençon
L’avion a été entierement été  d étruit par le feu Le FO  Izycki , WO  Jensen et le fo Korpowski sont   sérieusement brûlés . 

17 Avril 1943

En route vers Argentan ( Orne  témoignage obtenu en 1990 par le ministere de la défense britannique  en 1990 )
« Nous passions  la nuit du 16 Avril dans une haie à 4 miles au sud de Falaise .
Le matin du 17 Avril nous atteignions Argentan à 16 heures . approchant prés de la gare de chemin de fer mais nous remarquone  que les gendarmes contrôlent les cartes d’identité ..
Nous traversons  la ville et suivons la route principale en  direction d’Alençon . Nous sommes entrés dans une ferme isolée prés de Saint Martin des Champs à deux miles au sud d’Argentan . Les fermiers nous ont donné à manger et hébergé pendant deux nuits .
NP  :  Saint Martin des Champs est situé à 1km au sud d’Argentan  ,prés de Mauvaisville , sur la nationale 158  ou  route de Sées  Alençon 
Içi nous  rencontrons un homme d’affaires venant de Paris et qui parlait Anglais . Il nous apporta trois tickets de troisième classe pour pour rendre à Tours et  nous conseilla de ne pas nous adresser au .... premier  français venu  pour demander de l’aide mais d’essayer de contacter les prêtres dans les petits villages que nous aurions à traverser  sur notre route . Nous nous sommes rasés pour la première fois depuis notre atterrissage et nos hébergeurs nous donnèrent un rasoir , du savon et une serviette « 

Bétourné retour de prisonnier est décoré de la    médaille militaire     Rougeyron parle de sa présence au château des ducs d’Alençon alors qu il était emprisonné   avec A Fremiot ,et  Mazeline  après la découverte à son domicile d’une cache d’armes

 

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 E n ce jeudi  de l’année scolaire   1942  1943 ,c’est la grande détente  ! Notre lieu de rendez vous c’est le   stade « des Ormeaux » . Sous la conduite de  Jean Mazeline notre nouveau  professeur d’anglais et de géographie  ,le monde des collégiens  découvre dans la joie  les secrets de la méthode Hébert

Un train rempli de soldats de la Wehrmacht passe sur la voie ferrée . L’un des passagers  jette une orange . C’est la ruée . Je réussis à m’en emparer au grand dam de mon copain de classe Raymond Jorry ,avant centre inamovible de notre équipe de Hand Ball .
Chaque dimanche ,par tous les temps ,les équipes allemandes s’affrontent sur notre terrain ,et désespérés nous assistons à la prise de possession inéluctable de notre vétuste vestiaire Quelques photos perdues  par nos occupants trainent sous un banc ...Trois  SS , short noir  ,maillot blanc  frappé  de l’aigle noir  ,feront le bonheur de ma collection ...
L’année se termine  et  les brumes épaisses des grandes villes industrielles anglaises de notre «  Carpentier Fialip « s’estompent  à l’approche des grande vacances  Cette Angleterre ..terre de liberté .accrochée aux rivages de l’Europe occupée   nous fait  rêver    Middleborough c’est un nom que je n’oublierai pas . Pour moi c’est l’image de Jean Mazeline s’évertuant à nous faire prononcer correctement la langue de Shakespeare  .

  A la tombée de la nuit , la ville prend un aspect différent de celui qu’elle offrait autrefois  Les reverbères sont éteints ,le black out total doit être observé jusque dans les appartements où le moindre rayon d’électricité filtrant des tentures mal ajustées fait encourir à l’habitant   une amende immédiate infligée par les rondes  de police Les éclairages d’usage courant diffusent une lueur   parcimonieuse  et glauque que corrige à peine le  faisceau également bleuté des lampes de poche des passants

 

Juin 1943   sombre mois de juin  

 

 Le docteur Melun et Albert Frémiot nos deux voisins

 

Ce mois de Juin ne fait que nous  surprendre ,  l’arrestation par les autorités allemandes de  notre voisin , le docteur Melun médecin 43 ans, juif d’origine roumaine , naturalisé français et installé dans les murs de notre ville depuis 1931 . Profitant d’un droit de passage son épouse et ses enfants utilisaient  notre cour pour accéder à leur domicile .situé rue Conté   . Cette arrestation nous bouleverse et nous  inquiète

 

Le docteur Melun comme  de nombreux juifs , maris d’aryennes est  interné en aout 43 au  bagne d’Aurigny , ile anglo normande occupée par les allemands depuis 1941   ( voir en annexe une note  concernant   Aurigny) Le but de ce camp employant des internés russes et républicains espagnols consiste   à construire des ouvrages de fortifications pour le mur de l’Atlantique  En novembre 1943 le docteur Melun   sera transféré à Drancy derniere étape avant le grand départ pour Auschwitz

Il décédera dans le train  no 63 du 17 decembre partant de Drancy à destination de Auschwitz (infos obtenues au CDJC rue de turenne Paris  )

Cette arrestation   fait suite à l’ arrestation d’une personne juive madame Netter habitant rue du long Boyau ,chemin ombragé perpendiculaire à la route d’Alençon ,juste derriére la gare   
octobre 43  Deux autres membres de la famille Netter  habitant rue du long boyau   sont également arrêtés et déportés au camp de bergen belsen

Camp de prisonniers en 1941 ,Bergen Belsen  mis à la disposition de l’administration SS  (100 km de Hambourg et 75 km de Hanovre)  ce camp deviendra un veritable camp mouroir et les civils allemands ,notables et villageois seront contraints des la libération des prisonniers en 1945 à la méditation devant ce charnier

 

Une nouvelle de la BBC  A Paris une rafle sauvage orchestrée par la police française rassemble au vel dh’hiv des milliers de juifs hommes femmes et enfants,victimes qui seront par la suite  dirigés vers Drancy avant ce connaître la déportation

 

 

Les cours continuent au cours complémentaire dans cette ambiance délétére …Mais non

Jean Mazeline cesse prématurément l’année scolaire alors qu’il enseignait depuis Octobre  1942 dans notre établissement  . La raison nous l’ignorons . Cette disparition précipitée nous étonne  On parle de STO , de maquis ....ce sont des mots nouveaux qui reviennent souvent dans les conversation des adultes

En fait après la guerre je serai en mesure de découvrir la guerre de nuit à laquelle il participait et qui se déroulait autour de notre petite ville ,activité clandestine que j’ignorais partiellement 
Jean Mazeline décide alors sous la direction d’Edouard Paysant d’entrer dans l’organisation aérienne  clandestine du B.O.A. . En juin 1943 il dirigera le premier parachutage d’armes dans la région d’Argentan .On imagine les difficultés d’une telle opération réussie par une nuit de  clair de lune  au nez et à la barbe de nos occupants .Réfractaire au S.T.O. il trouvera asile dans une ferme de la région de Mortagne pour quelques mois ,ce qui peut expliquer sa disparition et son absence de notre collége .
Chef du BOA de la  Sarthe il forme alors les équipes d’intervention ,s’occupe de l’homologation des terrains , dirige les parachutages de Novembre 1943 à Février 1944 . Le 27  Juillet  1944 ,pris au piége à Saint Michel de la forêt  ,alors qu’il rendait visite à sa femme la nuit ,pour la naissance du premier bébé , il est emprisonné  au chateau des ducs où il subit les interrogatoires et les tortures de la Gestapo . Emmené dans le bois de Brotz ,il est   fusillé avec quatre  autres prisonniers dont Albert Frémiot notre voisin , dont nous ignorions également   les activités clandestines    


« L’espoir des ténèbres « 

L’avion et la radio ont révolutionné  les moyens d’action des belligérants de la seconde guerre mondiale ,imposant des changements fondamentaux à la nature ,au déroulement et aux formes de la lutte
.On peut  dire que la BBC réglait l’ existence de la plupart des français tout au moins pour ceux qui accordaient la plus grande confiance aux alliés en écoutant les nouvelles transmises par Robert  Schuman   , Jean Marin  , Pierre Jourdan .On commençait à ressentir  une sorte de  tressaillement aux premiers succés alliés qui commençaient à se dessiner
En résumé l’exaspération et la rancune des hommes plaçés sous le joug germanique se faisaient de moins en moins silencieuses
Pour ce qui est de la lutte clandestine une évidence s’impose : ces conquêtes techniques ont constitué des atouts aux effets incalculables . Qu ‘aurait été en effet la résistance si les combattants de l’ombre n’avaient eu aussi pour eux l’azur et le ciel ? Sans la voie des airs sans la possibilité offerte de la sorte à la France libre et aux alliés de pénétrer au coeur du territoire occupé par l’ennemi  ,en se jouant de la mer ,des frontiéres et des fortifications ,comment les groupes de résistants auraient ils pu communiquer , recevoir des armes , accueillir ou envoyer des agents ? Et sans la télégraphie sans fil  ,sans les émissions des radios clandestins éparpillés à travers la France  ,sans les écoutes de Londres ,sans les messages personnels de la BBC ,comment auraient pu s’effectuer les liaisons , se transmettre les instructions , s’échanger les renseignements ? 

« 
Ce fut .....une guerre de la nuit faite d’organisation perséverante et de travail ingrat , de résolution méthodique et de mauvaises surprises , de complicités multiples  et d’ingéniosité constante  ,de coups de chances et d’avatars imprévus , d’héroisme et de trahison , de succés et de défaillances jusqu’à ce que  ,aprés bien des sacrifices ,sonne enfin l’heure de la libération »
François Bédarida (institut d’histoire du temps présent)

 

 

 

 

On peut citer quelques parachutages qui se sont très mal terminés dans notre région, au Merlerault où  plusieurs membres du comité de réception furent arrêtes et déportés

A Larré alors que nous co  habitions dans la mairie de Bursard un avion anglo canadien du SOE s’écrasait à » la chouannerie «  touché par la DCA locale alors que les allemands certainement prévenus avaient modifié les emplacements des feux de balisage

Un parachutage au haras des Rouges Terres permettaient à deux agents secrets de transmettre leurs messages à partir d’un refuge provisoire chez   Cercueil 30 rue saint martin à Sées  ( voir témoignage  Cercueil en annexe )

 

Que se passe t il la nuit dans notre région sagienne ?

 

Ces avions qui nous survolaient ….Le Halifax quadrimoteur anglais spécialement adapté pour le largage de containers d’armes ,munitions, médicaments ‘ destinés aux resistants groupés en «  comités de réceptions «  et  entrainés pour la récupération de ces elements tombés du ciel et qui seront  utilisés dés l’annonce du  débarquement 

L e danger présent au ciel et sur terre Les avions du SOE sillonneront les territoires occupés affrontant la chasse allemande toujours aux aguets et les batteries de DCA à l’affût de toute cible dérectée la nuit

Plusieurs H alifax seront ainsi abattus dans notre département Larré , Ecorcey, L ‘aigle etc…

Des avions , toujours des avions …..

 

Mon attention avait été attirée par le bruit des avions la nuit , un bourdonnement lancinant qui pouvait se prolonger  très tard …peut être même jusqu’à l’aube  

J’étais toutefois  dans l’impossibilité d’ identifier ces avions mystérieux Mon frere et moi  emettions chaque  soir multiples  hypotheses  Avions  anglais ?allemands ?

Un soir de clair de lune  toutefois je vis un lourd bombardier passant à basse altitude tous feux éteints au dessus de la ville …surprise totale ! quel était donc cet avion bravant la chasse allemande  ?
 J’ ai  compris tardivement  , quelques mois après   la liberation la signification de ces vols de nuit mystérieux .Le parachutage  d’armes et  de munitions indispensables à  la resistance ornaise …. Telle était leur mission en plein territoire occupé … au nez et a la barbe des DCA  germaniques et bien sûr des chasseurs de nuit de la Luftwaffe toujours aux aguets ..
Qui devions admirer le plus en ces nuits de pleine lune   ..le sang froid de ces équipages de la RAF ou la détermination  des comités de récéption composés d’hommes  au courage énorme ,
conscients du danger mais prés à se sacrifier pour la cause de la résistance
Edouard Paysant était leur chef , un homme que je suis fier d’avoir connu .Sa silhouette d’homme tranquille ,présente aux abords du terrain des Ormeaux ne pouvait me laisser soupçonner  une telle  responsabilité   , lourde de dangers , à la merci de trahisons insoupçonnées ou de bavardages imprudents 



Extrait de « Clandestinités » de Andre M azeline

«  l’âme du BOA fut Edouard  Paysant ( pseudo Dominique Tinchebray )de Sées à qui Robert Aubin confia ce service en mars1943
E Paysant déploya une activité inlassable .il sacrifia tout à la cause qu’il servait Son dévouement , son audace, son allant firent l’admiration de ceux qui le connurent
Il forçait l’estime et l’affection par ses qualités d’homme qui égalaient ses vertus  de chef
Dans le département il prospecta et fit homologuer une vingtaine de terrains ,recruta leur chef et leurs équipes, organisa le service de liaison par radio avec londres par courrier avec Paris, dirigea les premieres réceptions d’armes et de matériel, assura le sauvetage et la protection d’aviateurs alliés abattus , le camouflage des réfractaires  Toutes les formes de résistance l’intéressaient , il ne s’accordait aucun loisir ,aucun répit ,Sa simca bien connue des initiés sillonnait en tous sens le département
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------Les Resistants de l’Orne  qui l’ont connu et apprécié aux heures difficiles gardent dans leur cœur le deuil de Paysant  »



j’apprendrai après la libération la création de plusieurs terrains de parachutage baptises  de noms codés    identifiant les sites de Montmerrei ,Macé , Haras des Rouges Terres ,Tanville ; Radon etc…Un comité de reception composé de resistants déterminés et courageux , récupérait sous la direction et le contrôle de Edouard Paysant les containers largués par parachutes sur les terrains identifiés par un code et après emission et reception de messages generalement diffusés par la BBC après les informations de 19 heures ( Voir à ce sujet en annexe les parachutages dans la region sagienne par Roger Cornevin fonds archives départementales no      )



Carte postale adressée par un sagien en 1942 
« Il  y a toutes sortes de petits détails qui ne me plaisent pas et qui ne font pas des vacances parfaites …
C’est plein de Fridolins qui chantent toute la journée et plein de colonies qui chantent aussi   Tout cela n’est pas très calme

"Je pense que tu as bien dormi cette nuit , je n’ai pas entendu d’avions   et toi ! je voulais aller à la messe du Chapitre mais on a servi le petit déjeuner trop tard  »

Ce  sagien dit ce qu’il pense …mais de nombreux français ont été internés ou déportés pour des motifs plus futiles les allemands refusant toute  marque d’irrespect à leur égard    défaut de salut le mot " boche" etc …On note également que le bruit lancinant des avions la nuit  faisait partie de la vie courante



Note        ( les réseaux actions de la France combattante )                     Les terrains étaient soigneusement préparés   avant de demander une opération aérienne qu’ elle soit de parachutage ou d’atterrissage il fallait d’abord rechercher l’endroit où elle pourrait être effectuée avec le maximum de chances de réussite et la meilleure sécurité possible   les normes exigées de ce que l’on appelait «  le terrain » variaient selon le genre d’opération auquel il était destiné C’était en fait le travail du BOA dont le chef incontesté pour le département était Edouard Paysant
La recherche de terrains était confiée en principe aux responsables départementaux   les emplacements possibles lui étaient signalés la plupart du temps par des unités de résistance  
Il était toujoursd préférable de trouver une grande étendue, les alentours devaient être assez dégagés pour faciliter la recherche des containers ou paquets parfois dispersés sur une grande distance ce que  ne favorisait pas une forêt attenante 
Pas d’arbustes trop hauts qui pourraient cacher les lumieres du balisage 













Il était souvent nécessaire que le terrain soit éloigné non seulement de toute présence de miliciens , d’allemands ‘ susceptibles d’intervenir rapidement mais plus généralement de toute habitation à moins que les habitants soient bien connus comme sympathisants et qu’il n’existat aucun risque de dénonciation ou de bavardage
En effet un bombardier quadrimoteur  qui rôde au dessus de la campagne pour rechercher le terrain repasse plusieurs fois au même endroit ,descend à 150 métres pôur lâcher ses parachutes , remet ses moteurs à plein régime pour reprendre de l’altitude et cela fait beaucoup de bruit dans le silence de la nuit …..


Terrain balisé vu d'une altitude de 500 métres

Je joins ci dessous quelques témoignages des acteurs présents sur les lieux et incluant un commando de patriotes courageux   J’ai respecté la  chronologie que j’ai pu lire ou recueillir pour l’intégrer dans ce journal En tout cas ces témoignages   démontrent  que l’activité de la résistance en relation avec cette  vie aérienne était très  sensible  dans notre région particulierement pendant cette période de  pleine lune

Le terrain Lapin


Prenons pour exemple l’utilisation du terrain Lapin situé au vieux Montmerrei   
Les messages codés diffusés par la BBC annonçaient généralement une operation  de largage sur ce terrain   Proposé par  Edouard Paysant et homologué par la RAF   ,situé  à 1km au nord ouest de Mortrée il  pouvait être identifié à partir des coordonnées précises suivantes à l’aide de la carte Michelin no 60
  0.7  mm   E 0250  35  mm    N 5400
Quelques exemples de messages  codés recueillis par les resistants

«  Chaque tiroir a sa clé « 

« Noémie a un bouquet de violettes «   
« Elle a cueilli de pleins paniers de fraises « 
« Nous aimons le civet « 






Poste emetteur transportable pour la communication entre comité de réception au sol et l'avion






Les membres du comité de réception se donnaient generalement rendez vous prés de l’église  .de Montmerrei                                   Les communications avec la BBC de Londres étaient assurées par  Mr Riviére habitant Belfonds 
Mr Cosnard cultivateur et habitant Saint Clair apporte le  témoignage suivant extrait de « Histoire d’une ville Argentan » 










Nuit du 10 au 11 Juin 1943 veille de la pentecôte  ( correspondant à la lunaison et à la pleine lune du 18 Juin ) 
Message convenu et émis par la BBC : «  Claude a un joli chapeau « 
Le parachutage est réussi et   10 containers   dont 4 de matériel médical sont  récupérés par le comité de réception 
e Chef de terrain est Victor Chevreuil  maire de Mortrée  .(Trois semaines plus tard Victor Chevreuil hébergera pendant trois   semaines six rescapés du crash  de la forteresse volante
Mouton agriculteur prés de Sées et le groupe du « Sanglier «  de Tanville sont venus renforcés l’équipe de réception  
« C’était Despierres  , boulanger à Sées place des halles qui m’avait proposé de rentrer dans la résistance .Il me mit en contact avec Edouard Paysant . Celui çi  m’avait  demandé de trouver des hommes sûrs . J’ai contacté Martin  ,de Saint Hilaire la Gérard , Lemeunier docteur à Mortrée . Faisaient aussi partie du groupe Rallu marchand de porc qui était allé à l’école avec Paysant et Tancray un cousin  ,Louvel et Riviere

NP  Martin et Tancray cacheront dans une remise  en Juillet et Août 1944 le pilote d’un lightning de l’ USAAF    abattu le 6 Juillet prés de Montmerrei . J’ai pu retrouver les traces de cet américain Jim  en 1998  sans pouvoir malheureusemnt établir un contact  suivi
Suite à cette même affaire J; Cosnard et son épouse seront  déportés les 3 et 20 Juillet 1943  mais reviendront de déportation
: «  Paysant m’avait dit que si j’entendais le message personnel «  Claude a un joli chapeau « c’était un parachutage pour nous ,Sa fille Françoise est d’ailleurs venue me le confirmer pour que je prévienne Martin . Le rendez vous était convenu à la chapelle du vieux Montmerrei avec Lemoine et nous avons retrouvé Chevreuil sur le terrain , les  Tessier alias  «  Le sanglier «  et ses fils «  les marcassins «  y étaient aussi
Ballavoine de Saint Christophe le Jajolet était avec sa voiture à cheval pour le transport des containers et des colis .C’était huit jours avant la pentecôte
Pour camoufler les dégâts causés aux cultures par nos allées et venues nous avons ouvert les barriéres aux bestiaux dont les les traces ont effaçé les nôtres
Les parachutes ont dû être jetés dans l’étang de Vrigny aprés avoir été lestés ( Etang de Vrigny situé à  12  km  au nord ouest    de Sées  ,2 km ouest de Montmerrei ) 
Les containers sont restés à Belfonds  huit jours à la ferme et j’ai reçu l’ordre de les conduire chez Septier , menuisier à la Ferriére Béchet puis ensuite à Tanville ce qui ne m’avait pas été indiqué d’ailleurs...
Le samedi suivant  ,veille de la Pentecôte le message émis par la BBC  «  Nous mangeons de la salade à l’orange «  annonçait un parachutage à Saint Léonard des Parcs  

Annie Rospabée apporte le témoignage suivant ,concernant le parachutage de la nuit du 10 au 11 Juin 1943   sur le terrain Lapin  ( Source « L’épreuve « de  Annie Guehenno ex Annie Rospabée  )
« C’est à Sées chez Edouard Paysant que j’ai rempli ma premiére mission quelques jours aprés mon engagement au BOA c’est à dire au début de Juin 1943 
Par une porte entrouverte j’aperçus des paillasses alignées les unes contre les autres dans une piéce où l’on avait reculé les meubles contre le mur .   Edouard Paysant alias Dominique Tinchebray m’expliqua qu’un parachutage avait eu lieu la nuit même ,vers une heure du matin ; Ses hommes et lui étaient rentrés à l’aube et venaient seulement de se lever . Ce devait être l’une de leurs premiéres opérations
Sées ....Vieil évêché , ses rues étroites aux riches maisons enserraient une magnifique cathédrale portant comme des pansements les sacs de sable dont on protégeait les églises et les monuments en ce temps là  .Tout était gris austére et noble ... 
L’aprés midi Dominique me remit la liste des armes parachutées avec deux ou trois colts ...
Le malheur arriva trés peu de temps aprés....
Ci joint en annexe un article de Brigitte Friang secrétaire de Clouet des Perruches( délégué régional de la région Ouest )  et qui participait à l’opération avec l’équipe de Mortrée

Témoignage résumé  de Brigitte Friang .  Extrait de «  Regarde toi qui meurs «  terrain Lapin

Clouet  , et le pére Terrier  entrepreneur à Alençon et deux autres passagers dont Andre Gros ( alias Minet )étions  entassés dans la « traction avant «  conduite par un « blondinet «  de 20 ans  .  . Nous étions sur place depuis onze heures du soir . La phrase code était passée deux fois sur la BBC .Nous percevons le bruit d’un avion dans le lointain ,...les lumiéres du balisage étaient  allumées . C’était un L formé de 3 lampes  torche ...
Aprés plusieurs heures d’une attente vaine.....  ,la voiture  prit le chemin du retour et roulait lumiéres éteintes en raison du couvre feu .
"Le S phone était dans le coffre  ,et sans permis spécial il était périlleux de circuler  à cette heure trop matinale
Au loin des lumiéres s’agitent dans le brouillard ...  .Celles de sentinelles allemandes  Nous roulons trés vite ... Clouet s’ést réveillé et décide de forcer le  barrage .. Des coups de feu claquent ....la voiture tangue ... 
Enfin un chemin de traverse salvateur nous permet in extremis d’éviter le barrage
NP Brigitte Friang  secrétaire de Clouet des Perruches sera  arrêtée en Mai 1944   et déportée à Ravensbruck

Nous avions attendu le lever du jour . Nous étions glacés . Mornes , aussi . L’opération avait raté . Au reste les équipes de réception craignaient ma présence comme la peste . Il me suffisait d’apparaitre à un parachutage et l’opération échouait . En place sur le terrain Lapin depuis onze heures du soir nous avions attendu l’avion anglais qui devait nous parachuter des armes . La phrase de code était passée deux fois à la BBC . Les opérations s’effectuaient en période de lune dont la clarté était indispensable pour le repérage des terrains par les avions et des containers par les receveurs . Aussi notre planning s’organisait il en lunes et nous appelions nous les gens de la lune ,trés contents de notre jeu de mots
Vers une heure du matin dans le ciel gris de lune nous avions repéré un lointain bruit de moteurs d’avion . L’appareil semblait chercher . Nous avions allumé le balisage . C’était un L formé de trois lampes torches . La lettre indiquait le sens du largage en fonction du vent et de la foerme du terrain . Dans le le micro du S.phone Jean François ( Clouet des Perruches ) s’était employé à attirer l’avion dans le faisceau de son appareil «  Here  Here France calling ...france calling . » Nous étions sortis du couvert des arbres . La haute silhouette de Clouet se découpait dans le ciel . Cette voix qui eut pu être britannique tant l’accent était parfait résonnait étrangement dans le silence de la nuit normande ,l’immobilité des hommes et des choses que soilignait le bourdonnement vague de l’avion . Néammoins tout autour du terrain on eut pu entendre les coeurs battre .
Battre d’émotion d’espoir . Venu d’Angleterre pour larguer ses passagers et ses cylindres métalliques de matériel .....l’avion symbolisait la réussite d’éfforts de centaines d’hommes et de femmes qui risquaient toutes les minutes leur vie pour cela ...des parachutes se balançant dans le clair de lune  ."

 

30 Juin 1943   retour à mon journal

 

je ne me doutais pas un seul instant que  de tels évenements mettant en jeu la vie de patriotes se déroulaient aux portes de notre petite ville

Notre lieu de rencontre aprés la classe c’est le chantier derriére le palais episcopal . Je n’ai jamais pu chasser de ma mémoire,le visage furibond  de la sentinelle du séminaire ,qui plantée et à demi assoupie dans sa guérite peinte aux couleurs du Grand Reich   ,allait être   notre objectif préféré ...Un beau jour ,un morceau de plâtre capricieux   voltigea  sur son casque ....Le feldwebel de service réunissant plusieurs de ses congénéres ; organisa instantanément une riposte et à notre grande surprise en  nous retournant. nous découvrons plusieurs soldats allemands en train de fondre sur notre petit groupe            L’ami F….. ( instituteur en herbe  ) pris par surprise se » ramassa «   une magistrale paire de claques ce qui dans le contexte présent  ...était   presque un cadeau !Le reste de notre  groupe réussit à s’esquiver…mais nous avions retenu la  leçon
 Virés ,avec perte et fracas de notre cabane de chantier ,dissimulée dans les broussailles nous sommes alors  dans l’obligation d’élire  domicile  ,cour du Chapitre dans les cageots de Bujosa  pas loin des jardins communaux ,.
 Monsieur l’officier commandant la Ortskommandantur siégeant à l’hotel de ville  ,place du Parquet  en profita  pour nous menacer et nous  rappeler sévérement  par l’intermédiaire du maire et de notre glorieux garde champêtre ,que personne ne devait  franchir les murs armés du Séminaire et de la Miséricorde . A l’appel «  Halt Wer Da « on devait  immédiatement s’arrêter sous peine de s’exposer à un coup de feu …..

Mes deux copains d’aventures  … C V fils d’émigrés italiens et dont les parents sont arrivés en France vers 1925 ,P G fils d’émigrés espagnols arrivés en France en 1939 lors de l’extension de la guerre civile et venant de Madrid . leur périple se terminera à   Gers ( Orne )et enfin à Sées en 1943 
La famille G ‘( Rosario, Pio ,Manuel )habitait alors  route de Rouen dans une sorte de bungalow en bois prêtée semble t il par le maire , Les familles M  au séminaire  place Voltaire et rue d’Ecouves .

Aidee par une association internationale  la famille G émigrera au Mexique et au Venezuela en avril  1947.Pio travaillera comme chef des ventes  rayon vêtements pour la grosse societe de distribution americaine   «  Sears Roebuck » ( siege social à Chicago  où j’ai failli le rencontrer à Chicago par une température de février ne dépassant pas  moins 20 degrés ) 
;Manuel exercera l’activité d’architecte d’état  à Caracas , Rosario réalisera de brillantes études à l’université de Bekerley    Californie , obtiendra plusieurs diplomes relatifs aux problemes de communication , enseignera , et dirigera  la bibliothèque Simon Bolivar. Elle  décédera en  aout  2001
Jean et Shanti Munagorri habitant rue d’Ecouves  resteront en France et obtiendront des diplômes de grandes écoles  doctorat en electronique et travaux publics

Le café du commerce     rue Billy

Le café du commerce rue Billy  c’est le fief de quelques habitués  … qui pensent , qui disent et qui font ce qu’ils veulent            .En bon troquet républicain ils ne lésinent pas sur les opinions démocratiques   A chacun sa rasade et que chacun en profite ! Ils ont des idées sur tout…  la façon de faire la guerre mais aussi.. la façon de la terminer
Un groupe d’allemands a pris l’habitude de s’attabler à côté de ces consommateurs zélés ,   pour y entamer  de nombreuses parties de cartes ….attention au couvre feu…..Le soir dés la tombée de la nuit alors que  les esprits s’apaisent… nos consommateurs éclairés ingurgitent quelques verres  pour se donner une contenance et justifier leur silence … 
On dit volontiers que le pastis servi pouvait assommer une escouade de légionnaires …..

Dans son profond sommeil ,sur le chemin du retour ,Mr  …X de Chailloué n’a pas de souci à se faire , il sait toujours où trouver le bistrot où l’on sert impunément  , même les jours sans alcool …le fameux  pastis Sa carriole conduite par un cheval docile et bien élevé …le ramènera à bon port et avant le couvre feu   

 L’aiguille du poste  de TSF   est souvent  calée sur l’emetteur de la BBC .Encore faut il être très prudent et la déplacer par sécurité Le brouillage allemand  nous laisse toutefois percevoir  la nouvelle de la progression des troupes russes sur le front de l’Est 
« Les allemands sont rejetés sur la Volga ,enfermés dans leur fatale conquête …les rues de Stalingrad sont le théâtre de . veritables combat de rues

Hitler interdit toute capitulation

La bataille de Stalingrad n’est plus depuis longtemps que la liquidation du passé  Dix divisions de la Wehrmacht sont déjà englouties dans une guerre sans issue Le terrible hiver  russe anéantit une partie des ambitions du furher . Les soldats sont englués dans une boue persistante  qui suit   le long hiver Les actualités du Rex insistent sur  la difficile progression  des chars et des convois de munitions du reich .
La bordée de sifflets des spectateurs ne laisse aucun doute sur l’opinion des spectateurs
Comme on le sait …notre rendez vous du dimanche c’est la salle du cinéma Rex place Voltaire…
Au passage des actualités annonçées par une musique guerriere , quelques sifflets joyeux    jaillissent des premiers rangs .. .Devant cette situation de protestation    . Monsieur Arnaud le contrôleur de billets intervient  une fois encore pour  imposer le silence …

La BBC  fait partie de la vie quotidienne …elle  vante  le courage sans failles des soldat de l’armée rouge parfaitement adaptés à cet hiver diabolique alors que l’intendance allemande  s’avère inefficace devant  la rigueur des conditions climatiques
Les  soldats alsaciens engagés  de force dans la werhmacht expriment la crainte des soldats  allemands stationnés dans notre ville de partir pour le front russe  .Nous nous montrons méfiants vis à vis d’eux …
Nous résistons à notre manière   on écoute donc radio Londres où s’exprime une dissidence dirigée par un général  , on change de trottoir à la vue d’un soldat ennemi et entre nous les surnoms foisonnent ….  schleus , fritz , teutons , fridolins , frisés , vert de gris , doryphores Les allemands comprennent le mot boche paraît il survivance de 14 18
Ces voix d’outre manche nous font rêver . Comment passer en Angleterre ? j’entends souvent  parler  des pêcheurs bretons de l’ile de Batz qui se chargent des volontaires tentés par la traversée à leurs risques et périls
Le ronronnement des avions apporte une note d’espoir et les coups de sifflets stridents des patrouilles nous rappellent à l’ordre si un rai de lumière parvient à percer malgré la présence des rideaux noirs   Les rues rétrécies par les ténèbres ressemblent aux ruelles d’un village médiéval ; ;
Des mouchards opèrent dans tous les lieux publics et le maire proteste contre les dénonciations  qui affluent pour des motifs futiles 
La bataille de Stalingrad représente sans doute le tournant principal de la 2 eme guerre mondiale en même temps que l’un des plus grands drames humains qu’ait jamais engendré un conflit
La radio vivait alors ses grandes heures…Elle permit à tout français homme  ,femme ou enfant d’avoir une connaissance rapide presque immédiate des événements mondiaux mais aussi d’intérêt vital pour la vie de tous les français
Au milieu de tant de désastres d’échecs et de mortels silences ces années deviendront  les grandes années de la radio 

« Deux aviateurs alliés …un Irlandais et un gallois prénommes familiérement «  Paddy «  et «  Jordy « sont  hébergés dans le plus grand secret dans la chambre d’amis des parents Hayton au haras de bois Roussel  L’exces de discrétion attire toujours la curiosité  Vêtus de vêtements civils mal ajustés , fournis par le curé du village voisin , ils vivront  ainsi cloîtrés , pendant une semaine avant d’entreprendre un long périple vers l’Espagne 
Lors de la présence de ces  deux aviateurs dans les lieux  ,une lettre de dénonciation pour détention d’armes  mettant  en cause le régisseur du haras  parvient à la kommandanture . Six voitures allemandes surgissent dans la cour du  haras dans le but de rechercher les armes cachées .Frayeur de la famille Hayton…. 
Les allemands après avoir exhibé la lettre de dénonciation demandent à fouiller les boxes . et différents locaux .Recherches vaines qui auront pour   conséquences de créer un climat de crainte et de suspicion dans la mesure où plusieurs employés de nationalité britannique vivaient au haras aprés avoit été internés à Drancy pendant prés d’une année .
Une employée secrétaire interpréte , travaillant  à la kommandanture et surnommée « la belle Alice » appartenait à cette équipe « .

Notre fenêtre donnant sur la place est un poste d’observation stratégique …des la tombée de la nuit les escadrilles de bombardiers se dirigent vers le sud semble t il   les usines du centre de la France et d’après la BBC les installations industrielles du nord de l’Italie





Sportif convaincu  je ne puis faire autre chose que de fréquenter assidument le stade des Ormeaux ....

Ce stade , vaste champ à la pente très prononçée est situé prés de la voie ferrée et du passage à niveau  U ne maison vétuste en bois sert de vestiaire pour les  joueurs N os  occupants de 43 à 44 l’utiliseront pour leur propre entrainement
 Il sera  transformé par la suite en jardins ouvriers



Les SS ont abandonné quelques photos dans le vestiaire … Je me fais un devoir de les récupérer



( suite                                Edouard Paysant entrepreneur seconde   André Queru . restaurateur grande rue  ,avec la volonté  profonde de s’opposer à l’Espérance de Sées  ,le club rival
Andre Queru avait un certain plaisir à réunir le soir les amis Aussi mon pere lorsque son emploi du temps le permettait descendait grande rue avec Marcel  Aymé clerc de notaire pour une partie de cartes  se terminant à des heures avançées de la nuit . Chacun en raison de la température et du rationnement du bois de chauffage devait apporter sa propre bûche pour les besoins du poele  Le probleme c’était le retour au domicile après l’heure du couvre feu .. pieds nus pour ne pas attirer l’attention de la patrouille
Voilà un  mois Edouard Paysant nous faisait  mesurer , chaine d’arpenteur à l’appui les dimensions de notre future piscine en lieu et place du terrain de baskett  ,juste à l’entrée du stade des Ormeaux . Des images ...des eaux bleues ...,deux plongeoirs ...le rêve .
Oubliés les eaux glaciales de l’Orne couvertes de roseaux et le moulin d’Escures et  sa vieille roue à aubes ...
Notre piscine … c’était un peu comme l’arlésienne   ..on en parlait chaque année mais on ne la voyait jamais arriver …
Sans vouloir insister lourdement sur la variété des plaisirs de vacances offerts aux jeunes sagiens notons, que mis à part le cinéma Rex les samedis et dimanches , les matches de  football interminables  contre les espagnols qui souvent se terminaient au coucher du soleil faute de combattants ….. ,notre  emploi du temps manquait de variété   
Après le chant du coq ,Aux actualités nous pouvons suivre quelques séquences sur notre Notre champion   Marcel Cerdan .. Baignade en  eaux troubles …..

Cette piscine… elle ne peut arriver du jour au lendemain  ,aussi l’étang Sauvager réminiscence des carriéres de Fontaineriant  sera notre lieu de baignade
Par grand soleil on distingue sur le fond sablonneux  , l’image floue des wagonnets figée dans les eaux troubles de l’étang  pour l’éternité .C’est notre lieu de rendez vous   pour nous jeunes français et espagnols .. avides de détente et de liberté 
Comment les allemands en quête d’un point d’eau ont ils pu nous repérer  dans ce coin de campagne perdu ,à quelques centaines de metres de  la  route de Carrouges ?
Bientôt ils se mêlent à notre groupe et s’exercent à la délicate pêche à la grenade .  Une amazone ,…sagienne bien connue en quête d’aventure s’étend avec langueur sous les pommiers … .
Nos camarades espagnols sont largement représentés dans notre groupe .L’étang sauvager est devenu notre lieu de rassemblement  , , les Munagorri ( jean ,shanti , josé , antonio ), Pio Gassol ,Perret Cazals , josé Molina , Luis Guinard ,Fernando …,Calistro …etc..  ..   

Mais pourquoi ces photos personnelles ont  elles été supprimées    Ou réclamer ,?

                Etang sauvager,ancienne carriére  route de  Carrouges
 1       Les allemands nous ont rejoint

  rencontres franco espagnoles

 

 

On nous parle de hand ball


Un entraineur du stade français Falabrégue nous enseigne les premiers rudiments du hand ball
Notre équipe franco espagnole s’est sérieusememnt développée
De nombreux espagnols sont en effet  employés aux carriéres de Chailloué sous la direction de Orst Lentz officier allemand appartenant  à l’organisation Todt

Les equipes allemandes s’affrontent sur le terrain des Ormeaux quelle que soit la rigueur de l’hiver . Pluie  , boue , terrain difficilement praticable ne semblent pas les rebuter

Conté nous quitte

Nul ne semble s’en émouvoir ..
La statue de notre grand personnage  Conté a été déracinée de son socle de granit  .
Balise contre l’oubli et  amputé de son héros  ,le monument  se dresse devant notre fenêtre ,derriere les grilles de bronze qui ne protégent plus rien .
La vie paraît avoir tourné le dos à cette esplanade vieille d’un siécle encombrée de défilés d’antan et de manifestations qui saluaient en sa présence les grands événements militaires et religieux et leur souvenir finira peut être par se perdre …
Durant des semaines un bouquet de fleurs solitaire oublié a ses pieds lui rendra  un dernier hommage
J’ai pu une dernière fois , à la gare  ,dans un amas de ferraille de récupération  ,avec mes amis espagnols jean et josé  M  admirer une fois encore la  silhouette massive de notre génie national ,compagnon de route de l’empereur lors de la campagne d’Egypte . Surprise ...la noble tête  a été séparée du tronc ....par des patriotes disent les gens bien avertis  .
En fonction des événements d’Afrique du nord nous nous inquiétons de la situation de nos cousins habitant Sousse en Tunisie    En effet l’armée allemande résiste à la perçée de Montgommery 
Le camp de Drancy qui avait hébergé des britanniques et éléments du commonwealth en 1941  passe sous administration allemande

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