mercredi 25 février 2015




Complément d'enquête sur le crash du Whitley AD701 du 24eme OTU


                  
J'ai rédigé ce texte après la découverte d’une tombe inconnue au cimetière communal de Sées, et d’un registre précisant la date d’inhumation des victimes ( voir texte  « un avion oublié »). Une enquête auprès du Ministère de la Défense britannique et la collaboration de Mme Shirley Stone pour retrouver les familles de cet équipage canadien supposé disparu en Manche.
Témoin de ce crash, c’est simplement en 1998 que j’ai pu rassembler toutes les données le concernant, alors que la municipalité avait été tenue à l’écart des conclusions de l’enquête.
C’est l’histoire d’un jeune équipage qui venait de terminer sa formation au 24 OTU ( Operational training unit ) et qui devait confirmer son expérience acquise en vol en exécutant au dessus d un territoire occupé une mission de largage de tracts ou de prises de photos dans le cadre d une mission Nickel. La mission était considérée comme un examen de sortie de l'école avant que cet équipage récemment formé ne soit destiné à une escadrille de combat. 


Crash de Sées (la Potence) 
      La famille Hayton de nationalité britannique est internée à Drancy et Vittel le 9 décembre 1940 suite à la décision de l'occupant allemand d’interner tous les membres du Commonwealth. Tous furent libérés sous caution en 1942, un habitant d Alençon devant répondre de leur présence au haras. Bien que contrôlé sévèrement par la kommandantur d Alençon, William Hayton participa activement à l organisation de l'évasion de quatre aviateurs anglais dont le Lancaster avait été abattu à Ormes (Eure) le 17 avril 1942, lors d un raid de la RAF sur Augsbourg.  William Hayton sera alors sollicité pour héberger les évadés mais étroitement surveillé par la kommandantur il ne pourra prendre ce risque. Par contre, l'expédition organisée par Francis Cagnard, alençonnais et cafetier place de la halle au blé, échouera. Les quatre évadés étant contrôlés lors du passage de la ligne de démarcation et repris par la milice (ref journal personnel de Dowty évadé et enquête de Emmanuel Huile) à Tours et connaîtront l'infortune des camps de prisonniers en Allemagne jusqu'à leur libération en 1945.
L’ une des avenues d'Alençon porte le nom de Francis Cagnard.
Le 22 mai 1944 vers 23 heures comme chaque soir, mon frère et moi attirés par le grondement des avions, nous essayons de distinguer haut dans le ciel parmi les myriades d'étoiles, les points lumineux qui sont pour nous les préludes de la libération de notre pays. Les sagiens ont encore à l’esprit le crash de la forteresse volante le 4 juillet 1943 à Belfonds avec ses conséquences douloureuses pour notre petite ville. J’en rappelle les principaux termes… interrogations, emprisonnement de 50 habitants de la région, déportation de quatre gendarmes ,dissolution du BOA , alors que l’enquête que je réalisais auprès des services historiques de Maxwell ( USA ) faisait état après la chute de la forteresse touchée au dessus du Mans de 2 victimes, 2 prisonniers et 6 évadés aidés par la résistance jusqu’au seuil des Pyrénées. 
Les restes du B-17F 42-29960 "Nymokymi" à Belfonds. Ce sont les seules photos existantes de l'épave prises par Roger Cornevin à 10h00, le 5 juillet au matin.

En ce mois de Mai 1944 On ne peut douter qu’un grand événement se prépare. Les messages de la BBC malgré le brouillage allemand prolifèrent sur les ondes et chaque français attend le cœur rempli d’espoir une délivrance hypothétique après 4 années d’occupation germanique. En effet depuis plusieurs semaines l’aviation alliée disloque les voies ferroviaires et routières, écrase les gares d’Argentan, l’Aigle, Mortagne, Surdon, détruit et pilonne les ponts et les concentrations de matériel de transport. Il nous est alors impossible de prévoir la date de réalisation de cet événement tant espéré par les peuples alors sous le joug allemand …

Nous habitions face à la cathédrale et avec mon frère nous passions nos soirées à scruter le ciel et les étoiles. A 2 semaines du débarquement nous ne pouvions pas soupçonner les préparatifs alliés en cours de l’autre côté de la Manche.
La cathédrale de Sées et les habitations ou vivait Roger Cornevin.

Soudain un avion en flammes surgit, venant du sud de la ville, rasant les toits et semblant vouloir éviter les clochers de la cathédrale. Une explosion soudaine puis un grand calme… alors qu'une patrouille allemande appartenant vraisemblablement aux troupes de l’Est ( nous les appelions les mongols ) resta longtemps sur notre grande place, littéralement prostrée à scruter le ciel.
A Sées, nous avions hérité d une unité de l’armée Vlassof (Ostruppen ou troupes de l’est) généralement rassemblée en différents groupes ethniques ( géorgiens , ukrainiens , cosaques , etc…) auxquels on reprochait rixes, attentats, vols et autres gentillesses dans diverses régions).  A Sées j'ai pu assister avec mon frère à une bagarre générale sur la place du Parquet entre mongols qui revendiquaient une place sur les auto scooter, et français et espagnols défendant chèrement leur voiture. Ce jour la, j'ai admiré le courage du garçon de manége qui se jeta dans la bataille avant d’être sérieusement blessé au bras d un coup de baïonnette. La Feldgendarmerie alertée intervint et conduisit tout ce monde en cellule… Le lendemain matin notre vaillant garçon de passage dans nos murs eut droit à tous les honneurs des habitants du quartier, en l occurrence le palais épiscopal de Sées où une unité de la Wehrmacht avait été rassemblée.
Point bleu Cathédrale - Point rouge Lieu de crash

Le lendemain matin avec mon frère, sautant sur nos bicyclettes, nous n’hésitons pas un seul instant…. et nous nous dirigeons vers le nord de la ville, route du Merlerault. Nous sommes parmi les premiers curieux à découvrir un spectacle effroyable parmi les buissons d’aubépines.
Le point de crash, 2 km au nord de Sées prés du Buhot ( lieu dit la Potence )
Deux sentinelles gardent l’accès du champ... il nous faut ruser pour pénétrer au milieu du lieu de crash bordé d’immenses buissons d’aubépines. La présence des gendarmes en cours d’investigations semble alors nous protéger d’une éventuelle intervention des deux sentinelles. 
D’après les renseignements obtenus après la libération, j’ai pu apprendre que les deux sentinelles étaient yougoslaves. Nous étions fin mai 1944 et sans le savoir à la veille du débarquement. Dés l’annonce des premiers commandos sur la côte normande le 6 juin, les deux sentinelles yougoslaves et partisans de Tito en quête de patriotisme et de liberté plient bagages clandestinement, sans crier gare… et disparaissent dans la campagne. Leur équipée se terminera dans une ferme de Boisville, située à 1 km du lieu de crash. Sachant que toute désertion est passible de la peine de mort, ils attendront sagement la fin de la bataille de Chambois-Montormel avant de quitter définitivement leur refuge. L ‘un d’eux élira définitivement domicile dans la région sagienne après la libération 

Découverte …Les débris d’un avion inconnu …
L'avion inconnu dont nous ignorons totalement l'origine avait le nez enfoui dans le sol et la queue pulvérisée par une probable explosion.
Les corps des victimes étaient dispersés dans les haies et les buissons d’aubépine. Deux sentinelles assuraient une certaine sécurité et repoussaient les curieux peu nombreux à cette heure de la journée. Allemands et gendarmes s’affairaient alors dans les débris épars en quête d’éléments permettant d’identifier la nationalité de l’avion. Les allemands récupèrent enfin une liasse de billets de banque qu’ils s'empressent de garder (ref  PV gendarmerie ). Nos deux gendarmes découvrent la photo d’un asiatique, un foulard, une bague carbonisée et un portefeuille renfermant quelques photos dont celle d’un inconnu.

Ils ne peuvent identifier la nationalité de cet avion et le gendarme G… stipule “avion inconnu” mais vraisemblablement allié » dans le procès verbal. En final le procès verbal n’apporte rien à l’identité de l’avion ( ref compte rendu gendarme G.. ). Parmi les débris épars le brigadier de gendarmerie récupérera la bague carbonisée de l’une des victimes et un sagien la photo d’un aviateur demeuré dans les restes du cockpit. C’est le mystère total ….grand mystère qui subsistera pendant prés de 60 années... tout au moins pour les sagiens.
Procès-verbal de la gendarmerie daté du 23 mai 1944 à 9 heures.


Aprés 58 ans en ….1998
Je retourne dans notre petite cité après plusieurs années d ‘absence et je découvre avec surprise l’ignorance et le manque d’intérêt évident de la municipalité concernant ce drame oublié aussi je décidais de conduire ma propre enquête en commençant par le cimetière communal. Le problème …. j'avais totalement oublié la date du crash ! Remuant une montagne de vieux registres présentés par le gardien du cimetière nous découvrons l'inhumation de plusieurs aviateurs anglais inconnus à la date du 22 mai 1944. Le gardien de l'époque, plus de 50 ans après, n'avait aucun souvenir de cet événement mais par contre il me faisait découvrir une tombe abandonnée qu'il entretenait soigneusement suite aux consignes formulées par les gardiens précédents. Surprise  ! la tombe était vide… et j'apprendrai par la suite que les corps avaient été transférés par des inconnus vers le cimetière canadien de Bretteville sur Laize si bien que les divers gardiens du cimetière entretenaient une tombe vide depuis ….1946 !
Le registre du cimetière communal.
A partir de cette date, j'obtiens enfin la liste de l'équipage auprès du Ministère de la Défense que je transmets au journal « Orne Hebdo » et là …. ce fut la grande surprise. A la lecture de l’article à partir des éléments communiqués par le Ministère de la défense britannique, deux sagiens rapportent au journal la photo d’un inconnu et une bague en or soigneusement restaurée et comportant les initiales WGH gravées intérieurement, et les noms de Grand Valley, et de C.A.S sur la face extérieure. 


L'équipage du WHITLEY V  AD701 de la ROYAL CANADIAN AIR FORCE.
DAVID WEBSTER GOODWIN
FLYING OFFICER - PILOTE
RCAF - J/25874
24 ANS
KALEDEN, BRITISH COLUMBIA
WILFRED GORDON HARRIS
SERGEANT - MITRAILLEUR
RCAF - R/115064
23 ANS
GRAND VALLEY, ONTARIO
JOSEPH HONG
FLYING OFFICER - NAVIGATEUR
RCAF - J/37185
21 ANS
WINDSOR, ONTARIO
JACK HOPPER
SERGEANT - MITRAILLEUR
RCAF - R/80789
21 ANS
TORONTO, ONTARIO
JOSEPH GASTON JACQUES
WARRANT OFFICER - MITRAILLEUR
RCAF - R/108393
28 ANS
DRUMMONDVILLE, QUEBEC
CHARLES BEVERLY WYCKOFF
FLYING OFFICER - BOMBARDIER
RCAF - J/26695
23 ANS
VITTORIA, ONTARIO

Émotion et Raison...

L’après libération .. la municipalité avait oublié ensuite ce crash du 22 MAI 1944 et ces informations je ne les ai obtenues qu'en 1998, il est vrai que les enquêteurs de la RAF ne transmettaient jamais ou très rarement les résultats de leurs recherches.
Dés janvier 1945, je fais la connaissance de l’un des responsables du service de la Royal Air Force “Missing Research Enquiry Service“ crée en 1944 pour rechercher le personnel manquant de la RAF à l’issue des nombreux combats ou elle affrontait l’aviation des pays belligérants. (ref à RAF museum) 42 000 aviateurs de la RAF étaient considérés manquants ou présumés tués. La demande des familles sans nouvelles de leurs êtres chers fut alors si importante que ce service en développement fut rapidement submergé par de nombreuses questions concernant les disparus. Ce personnel désigné pour assurer ce service, n'ayant suivi aucun entraînement spécial n’avait pu profiter des développements des techniques modernes mais par contre était doté d’un désir profond de retrouver pour les familles ceux qui n’étaient pas revenus des zones de combat. En dépit des obstacles crées par le manque de moyens, le MRES retrouva les deux tiers du personnel manquant après de longues recherches autour du globe avant que les corps retrouvés puissent être identifiés et inhumés par le Commonwealth War Graves Commission.
Sans la volonté et l’énergie manifestées par les équipes du MRES, de nombreuses familles n’auraient jamais connu le destin de leurs êtres chers ou l’emplacement de leur destin final. Le MRES apporta aux familles la dignité qui leur été due et fut dissous en 1952 sept années après la fin du conflit.

Dans le cadre familial nous sommes donc appelés à faire la connaissance de Noël Archer l’un des membres influents de ce service.
La famille Hayton. Charles Hayton est en uniforme, Noël Archer en civil.
Découvrant le haras de Bois Roussel en 1945 que nous habitions, domicile et lieu de travail de nombreux britanniques depuis les années 20, ne parlant pas notre langue, Noël Archer prit l’habitude de nous rendre visite. En raison de la situation, nous ne pouvions que l’aider à contacter les mairies et à prospecter dans la région à la recherche des lieux de crashes des avions du Commonwealth ( ref courrier familial et Noël Archer ). Notons qu'il se distinguera en 1949 lors de l'identification du corps rejeté sur la côte belge du commandant Mouchotte Squadron leader et commandant du groupe Alsace. Nous l'avons conduit sur les lieux de crash de Sées, la Potence, Larré et Bursard qui figuraient dans ses objectifs mais sans précisions particulières, lui permettant de progresser dans la compréhension des circonstances et des conséquences humaines du drame.
Accompagné de son chauffeur, il prospectait alors à la recherches des points de crash de la RAF… Il est vrai que les crashes avaient été nombreux dans notre région. ….
Finalement à partir du rapport de Noel Archer, je finis par obtenir la solution de cette énigme et compléter ainsi les éléments manquants concernant ce Whitley de la Royal Canadian Air Force.

Résumons:
C’est l’histoire d’un jeune équipage qui venait de terminer sa formation du 24 OTU doté de bombardiers du type Whitley, et qui devait confirmer son expérience acquise en vol en exécutant au dessus d'un territoire occupé une mission de largage de tracts ou photos dans le cadre d une mission Nickel. La mission était considérée comme un examen de sortie de l'école avant que cet équipage récemment formé ne soit destiné à une escadrille de combat.
Cette observation explique la relative jeunesse des victimes de 20 à 24 ans.
Le pré-Briefing de la mission eu lieu à 16h00, sur la base de la ROYAL AIR FORCE de LONG MARSTON. Le Briefing final à 19h00. Le vol à débuté à 21h48. Le Whitley AD701 piloté par F/O David Webster Goodwin atteignait Alençon, son objectif, à 23 heures. Le W/O Joseph Gaston Jacques était instructeur à bord. Ils devaient être de retour à 01h41. Le 23 mai, Ils sont reportés « missing in action ». Les familles reçoivent alors des télégrammes les avisant que leurs êtres chers sont « portés disparus» et présumés morts. Des avis publics sont publiés dans les journaux locaux.
La base R.A.F de LONG MARSTON

Six Whitley du 24th OTU Intelligence Section avaient donc décollé de Long Marston dans le cadre d’une opération Nickel, nom particulier donné aux missions spécialisées dans les missions de renseignements, photos, largage de tracts,  En l occurrence avertir les habitants de ne pas séjourner à proximité des cibles stratégiques , voies de communication importantes, viaducs, ponts dépôt de carburant, gares etc...


Bilan de cette mission: 
     Des le début 1944 les défenses allemandes sont de plus en plus redoutables et infligent aux effectifs de la RAF des pertes considérables au cours d une seule mission. La plupart de ces pertes sont dues aux chasseurs de nuit dont le nombre et la qualité ne cessent de croître. Dans le cas présent c’est une batterie de DCA dissimulée sous les ombrages aux abords de la voie ferrée (la Madeleine 1 km sud de Sées) et qui prit pour cible ce Withley isolé et peut être handicapé (ref à rapport de vol) par un phénomène de givrage. Notons que les deux autres Whitley appartenant à cette mission revinrent prématurément à l’aéroport de départ pour cette raison (dépôt de glace sur certaines parties vitales de l’avion et se posent d’urgence à Fort airfield et à Woodhall Spa.
Trois Withley ont donc pu exécuter totalement leur mission photos et lancement de tracts. Le retour au bercail est prévu à 01 41 le 23 mai.
De ma fenêtre située devant la cathédrale à 500 mètres au nord de la gare, il passa environné de flammes après avoir survolé quelques immeubles. Cette image de l’avion en flammes, je ne pouvais l’oublier et je pense qu'elle fut la motivation première m’incitant à résoudre ce problème de l’identification des victimes. Ce que j'ignorais, c'est que la RAF disposait d un service spécial de recherches et ses conclusions figuraient parmi ses archives mais n’avaient jamais été transmises aux mairies concernées, Ce n’est d'ailleurs pas le seul exemple, il m’a fallu pour chaque enquête retrouver les informations auprès des services historiques de Maxwell ( USA ) pour l' USAAF et du Ministère de la Défense britannique pour la RAF. 

Identification de l’épave par l’équipe britannique du MRES
Dés Mars 1946 soit plus de 18 mois après la libération, le MRES intervient sous la direction de Noel Archer, flight lieutenant enquêteur de la RAF et sans nouvelles précise concernant l'identité de cet avion.
Une simple lettre de l'un des gendarmes parlait d'un avion de transport. Noel Archer décide l’extraction des moteurs profondément enfoncés dans un sol humide et examine avec son équipe les débris de l’épave qui sont restés sur place.
Voici les termes de son intervention:
“J'ai trouvé un morceau de fermeture éclair utilisé pour la fabrication des bottes d’aviateur. Cette pièce est canadienne car la doublure des tenues de combat canadiennes est d'un bleu plus pâle et plus éclatant que ceux portés par la RAF.
Sur les lieux du crash nous avons pu voir les ailerons de l’appareil de forme carrée typiques du Whitley et nous avons trouvé un chargeur d’une mitrailleuse VGO utilisée à l'époque sur les Whitley mais dont l utilisation fut abandonnée par la suite sur les bombardiers en service à la fin de la guerre.
Notre hypothèse fut confirmée par la découverte d une plaque matricule affichant le nom Whitley suivi d une série de chiffres. Sous les moteurs, pas de trace de corps…»
L’équipage en fait comprenait 6 membres d'équipage, 5 corps furent ramassés par les allemands placés dans 4 cercueils et enterrés dans le cimetière civil de Sées"

Par la suite les corps en question furent exhumés en 1946 par une unité non identifiée des forces alliées et transférés au cimetière de Bretteville sur Laize. Deux des six membres d’équipage demeuraient introuvables mais six noms seront gravés sur le monument.
Le 25 septembre 1948 ( plus de 4 années après la date du crash ) les familles Wyckoff et Goodwin, étaient informés du décès de leurs êtres chers sans autres précisions. La Royal Air Force comme on le sait n’avait pas transmis à l’administration française les résultats de son enquête. Le mystère concernant cet avion restait donc entier pour les sagiens qui avaient été témoin de ce crash.
La photo du pilote retrouvée par un sagien fut enfin remise à son épouse.
Article de presse de la ville de DRUMMONDVILLE au QUEBEC, d'ou était originaire Joseph Gaston JACQUES (fleche)
La commémoration, mai 2005.
Remise de la bague à la famille de WILFRED GORDON HARRIS. Enquête Roger Cornevin-Hayton et recherches des familles mme Shirley Stone
Commémoration franco canadienne à Sées ( orne ) le 5 Mai 2005 La Potence Monument érigé pour la commémoration des 7 et 8 mai 2005
(photo Mme Catherine Berthelot)
MME Shirley Stone édita un livre sur le sujet « Six men on a Nickel » après avoir retrouvé les familles de ces jeunes aviateurs.
La tv de Toronto et 35 canadiens assistèrent à cette commémoration.
Le 7 avril 1960, le lac Hong reçut son nom en l'honneur de joseph Hong, lac situé au nord de l'Ontario à l'ouest du lac wakikupa (52°57’00 Nord - 88°57’00 Ouest) Hong étant le premier chinois natif de Windsor élevé au rang d officier dans l’armée de l’air canadienne.


J’ai pu recueillir ci-dessous le témoignage d un habitant du Buhot:

" J’étais dans mon premier sommeil, il faisait nuit noire. Tout à coup, je sursaute dans mon lit réveillé par un hurlement monstrueux, un rugissement déchirant. Dans le même instant devant moi, ma fenêtre, le ciel m’apparaît tout embrasé de rouge feu puis dans les secondes suivantes un bruit énorme. Soudain plus rien, plus de bruit …, plus de ciel rouge ….
Mon dieu qu’est ce que cela peut bien être ? A peine ai-je le temps de réagir que des détonations claquent sans interruption pendant plusieurs minutes. c’est là tout prés de chez nous, peut être à 500 mètres, ce ne peut être autre chose que le crash d’un avion...
... j’ai douze ans et les obus explosent toujours…. et si les allemands me tombent dessus ! Une voix gutturale hurle dans la nuit … patron patron !
Mon père descend précipitamment ouvrir, c’était un officier allemand qui était déjà arrivé là, pour s’assurer que nous n’aurions pas recueilli et abrité un rescapé du crash ….ce qui hélas ne pouvait être le cas. Dans la foulée, il donna ordre de mettre à sa disposition la plus grande pièce pour y loger une section de soldats chargés de la surveillance de l’épave de l’avion. Cette section de quatre ou cinq hommes partagea notre maison pendant une semaine environ. Le chef de section était sûrement un allemand cela se voyait tellement à son allure autoritaire mais les autres sûrement pas… on murmurait que c’était des yougoslaves ...eux ils avaient l’air très gentils. 
Mon frère et moi un peu rassurés nous avons réussi le lendemain après midi à déjouer la surveillance des parents. A toute vitesse nous avons traversé la grande prairie plantée de pommiers et sommes arrivés horrifiés devant les débris éparpillés de l’appareil le feu était éteint, il n’y avait plus d’explosions. Chose étonnante, il n’y avait personne sur les lieux. Pas d’allemands, pas de gendarmes, pas de civils non plus mais nous somme sûrs qu’il en était déjà venu. Plusieurs petits bouquets de fleurs champêtres étaient disposés juste à toucher sur ce qui nous semblait être une partie de corps humain encore recouvert de la tenue des pilotes.
Nous ne sommes pas restés longtemps, nous n’avons touchés à rien. Bouleversés, accablés, nous sommes rentrés à la maison en silence et nous n’avons rien dit à personne"
Note personnelle R Cornevin-Hayton:

" Lors d’une sortie familiale pour un pique-nique en forêt d’Ecouves, notre tranquillité avait été troublée par l’arrivée soudaine d’un groupe de soldats de la Wehrmacht s’exerçant à tirer au Mauser sur des cibles improvisées. Bientôt nous avions en face de nous six soldats souriants non pas allemands mais yougoslaves et semble t'il désolés d’avoir déclenché en nous une peur bien compréhensible.
je me suis toujours demandé comment leur commandement leur avait laissé semblable liberté.
Ils nous expliquaient alors avec passion que leur but n’était pas l’armée allemande mais l’armée constituée par Tito dans les montagnes de Yougoslavie. Malgré eux, ils avaient été enrôlés de force par la Wehrmacht qui en ce début 1944 recrutait tous les jeunes en état de tenir une arme….nous avions déjà à Sées les mongols troupes de l'Est ou Ostruppen.
Retranché de manière inexpugnable dans le cœur des montagnes de son pays, Tito menait depuis 1941 des opérations de plus ou moins grande envergure contre les forces de l’axe.
Son armée communiste alors composée de plus de trois cents mille partisans officiellement reconnue par les nations alliées constituait alors leur unique interlocuteur dans cette partie des Balkans.
L’ un des yougoslaves caché et hébergé par la famille T... resta à Boiville, se maria à une française après la libération. Bien connu de la plupart des sagiens il s’intégra facilement à la population"
 
Roger Cornevin-Hayton
 
Merci de demander l'autorisation de l'auteur pour une publication partielle ou complète de ce récit

dimanche 28 décembre 2014

Les parachutages Hommage à nos résistants



"
Pleine lune  ...nuit propice aux parachutages



Le soe est un organisme majeur qui devait frapper en territoire ennemi vite et fort Ses operations devaient être caractérisées par la soudaineté la ruse et la souplesse et frapper l ennemi aux défauts de sa cuirasse militaire et économique Le SOE crée par Churchill fut donc un service secret autonome chargé d une mission classique…la guerre subversive…. mais en apportant une aide puissante et inestimable aux groupes de résistants héroiques issus de nos villes et nos campagnes


Cette aide  ne peut être apportée que par une étroite collaboration entre le BOA et  le SOE utilisant la voie des air RADIO de la BBC et l aviation par l intermédiaire du BCRA organisme de la  France libre


le BOA  dés la fin de 1942,sous l'impulsion du chef départemental de l'organisation civile et militaire  l'ingenieur du genie rural Robert Aubin de  Fontenay sur orne des patriotes se mirent à loeuvre pour recenser des terrains favorables aux opérations aériennes ( ref le BOA Archives departementales )



Temoignage d un pilote de Halifax bombardier du SOE


Le Halifax bombardier de la RAF basé à Tempsford aérodrome secret de la RAF spécialement transformé aménagé et chargé de ses containers emporte armes munitions medicaments destinés à la resistance locale


Un comité de réception courageux (citons les groupes Tessier,  Cercueil dans la région sagienne etc..°,)vigilant,  prêt à tout,  caché sous les ombrages nous attend, guettant désespérément notre arrivée quelles que soient l’heure de la nuit,  la température, le brouillard, la pluie,  la neige,  les rafales de vent et il nous faut
absolument découvrir les feux dissimulés dans une nature surveillée par les patrouilles allemandes Tâche périlleuse entre toutes qu’il nous fallait assumer

 Les équipages  du SOE

Rappelons que le ciel de nuit est une occasion d’affronter pour les lourds bombardiers ….. les rapides chasseurs de la Luftwaffe


Chasseur de nuit Fockewulf


"Cette bonne terre de France si attirante mais inhospitaliére il nous faut la survoler avec la plus grande prudence avec un équipage perpétuellement aux aguets scrutant du sabord ou de la tourelle arriére les profondeurs de la nuit "..equipage composé de dix hommes de nationalité souvent différente Britannique, Canadiens, australiens néo zelandais  polonais
« Chaque sortie dure plus de sept heures, des heures d’un vol angoissant dans la solitude nocturne, passées a survoler la mer toujours hostile et la terre ennemie, à surveiller un vide que peut a tout moment trouer le chasseur de nuit assassin, a scruter un néant que perce le pinceau glaçé du projecteur doublé du mortel éclatement de la flak _ »

 Le comité de reception des résistants


 Comment circuler la nuit en  silence  aprés l'heure d'interdiction 

imposée par le couvre feu ?  Une équipe de patriotes décidés   se rend  au point  de largage prévu en empruntant des chemins forestiers ou de campagne  Les chiens aboient à leur passage ,laissant derriére eux une piste sonore qui indique une présence dans des lieux supposés déserts  à cette heure de la nuit  ?
La situation la  plus probable était l'interception des membres du comité de réception c est la raison pour laquelle certains se faisaient fabriquer  de faux permis de chasse ou médicaux qui permettaient ainsi  de circuler aprés lecouvre feu
 Chacun d'eux a imaginé une histoire en cas de rencontre d une patrouille allemande ce qui peut paraitre difficile à comprendre si l'on veut se faire une idée des dangers générés par la lutte clandestine Affrontement contre un ennemi intraitable et sans pitié et s 'opposant à la lutte que nous menons sans répit dans la clandestinité la plus totale

De nombreux  dangers   difficiles à éviter alors que nous combattons sans armes...  armes que nous devons fournir  a ceux qui en manquent  dans la lutte  ouverte contre l'occupant

.Ces hommes les résistants qui ont  consenti au sacrifice de leur vie ,ces hommes dont la volonté et l'équilibre sont  mis à l'épreuve 24 heures sur 24  

Tout d abord chez soi l'écoute de la BBC puis entre les parasites et les brouillages ,la joie d entendre le message puis la marche vers l' endroit convenu avec toute la prudence requise, la répartition de l équipe à différents postes et dans le long silence...  l attente impatiente et  inquiéte
Edouard Paysant chef du BOA
terrain  balisé 
Clouet des Perruches DMR


Attente souvent trés longue ... 
 L avion décolle de l aéroport secret de Tempsford (au sud est de Cambridge    )Seulement à  deux ou trois heures de vol il doit nous localiser dans une campagne ou une forêt avec le risque de ne pas trouver  le terrain balisé  ? panne mécanique? abattu par la chasse allemande ?
Autant de questions qui alimentent notre inquiétude
Son trajet Tempsford,Londres dans le brouillard , la traversée de la Manche et le franchissement de la côte française aux alentours de
 Cabourg ;;;évitant le piége de la DCA



lancement de containers
 Tempsford ........sées  A peine deux heures  de vol !!!!


Comment peut t il nous trouver au milieu de notre forêt? Repérer nos signaux ?
Nous savons que l avion vole composé d une dizaine de membres du SOE ( service operation executiv )
Il vole à basse altitude feux éteints  se repérant à la vision  des riviéres scintillantes la nuit , les  lumiéres filtrantes des habitations ,les voies ferrées ;;;

Enfin  grandissant le vrombissement grave d un moteur ...
Va t  il repérer nos signaux au sol,?
Est ce bien lui celui que nous attendons ?,allié?ennemi ?
Les yeux fouillent le ciel sombre , au bruit des moteurs on l'identifie  ; 
C est lui ....une grande ombre apparait trés prés au  dessus de nos têtes et passe une  premiere fois 
Les signaux s allument au sol ;l'avion répond par une lumiére clignotante  et s éloigne pour revenir bientôt tous feux éteints six fois ,huit fois,silhouette à peine visible ,noire dans  la nuit noire et dans un bruit de tonnerre
 Le risque d attirer l'attention au sol grandit à chaque minute si  l'appareil reste dans le voisinage en estimant que les allemands sont équipés de radar permettant de detecter et donc d'intercepter l'avion lanceur de containers 

 Un  deux , trois, quatre   nous comptons les parachutes qui 
s ouvrent comme d 'énormes fleurs  cinq ,six, huit ,dix  Nous repérons le point de chute dans la prairie ... le compte y est.....
Un souffle de fraternité est passé tout prés   si prés!
 

 Avec le contenu des containers armes,explosifs ,nous récupérons le "colis cadeau ..".
parachutage de containers

cigarettes pour les fumeurs ..du thé pour les amateurs 
L'avion est reparti.. son bruit familier  s  éloigne  Et maintenant  reste le travail dont il faut s' acquitter méthodiquement avec la plus 

atterrissage d un container
grande prudence

"Nous avons encore en mémoire l'échec du parachutage du 9 Juillet 1944 par  quatre  appareils Halifax pour une livraison totale  de 16 Tonnes  (par E.Voyer)
Entendant le ronronnement d'un avion gros porteur en direction du terrain nous avons donné  le signal d'allumage des lampes de la ligne de balisage en même temps que la lettre  conventionnelle en morse 
Au moment où cet avion passait nous nous aperçumes un peu tard qu'il s' agissait d'un Dornier qui précédait de peu l'un de nos avions livreurs Halifax attendus Celui ci aprés avoir disparu à  l'horizon fit demi tour et revint sur le terrain à nouveau balisé c'est alors que le Dornier qui préçédait de peu l'un de nos livreurs fit un passage sur le terrain en faisant feu de toute la puissance de ses mitrailleuses Par chance aucun de  nos hommes ne fut atteint ...mais une vache qui se trouvait à l'extrémité du terrain fut touchée et du être abattue
il me fallut indemniser son propriétaire soit la somme de 10000 francs ...car c était bien entendu la meilleure vache du troupeau...

Un autre incident provenant d'un bois entendant des cris provenant d 'un bois proche du terrain je crus un de nos hommes atteint par le mitraillage il n'en était heureusement rien le pauvre diable en question en croyant se mettre hors de portée des mitrailleuses s'était simplement fait happer la jambe par un piége à renard ....

Aprés cette alerte le premier Halifax nous larguait son chargement suivi a peu  d'intervalles par nos trois avions livreurs 
Une pluie de parachutes et de containers parsemait le terrain mais fort heureusement nous étions nombreux plus d une trentaine dont une dizaine préposés à la sécurité aux abords du terrain"




La voie des airs dominée par l aviation britannique opposée à la luftwaffe fut donc l 'élement vital et prépondérant qui permit a la Résistance française de rivaliser avec succés contre l ennemi occupant



Les chiffres et les faits sont là C’est grâce au SOE que parvinrent à destination des milliers de tonnes d’armes et d explosifs envoyés pour aider les réseaux et les comités de réception

Le probléme du SOE …le manque d avions Heureusement l’US Air force viendra à la rescousse plus tard dans le cadre des missions Harry



 Six Halifax du SOE furent abattus dans notre département

Sainte Gauburge ,Tinchebray, Larré, Aube, Ecorcei, Bernieres





mercredi 3 décembre 2014

Un été pas comme les autres !

J'ai attendu d'avoir consulté un certain nombre de documents d' archives françaises et étrangères (Usaaf et Raf ) pour apporter multiples précisions (en italique), nécessaires à l'explication et à la compréhension de ces événements vécus .... et enfin tenté de rendre intelligible ce journal.


Roger Cornevin-hayton.


Extrait simplifié de mon " Journal de jeunesse " Mai à Août 1944


10 Juin 1944: Au loin le clocher de Bursard ....


Le mauvais temps persiste, les nuages noirs s'amoncellent.... Alors que notre taxi à gazogène de la maison Septier s'essouffle sur la petite route de campagne, nous distinguons au loin le clocher au toit arrondi du village de Bursard et les murs de notre future demeure... la mairie du village.


Bursard, petit village situé à six kilomètres de Sées nous accueille donc dans le silence de sa campagne verdoyante. Au loin les contours bleutés et noyés de brumes de la forêt de Perseigne . D'interminables clôtures blanches bien alignées annoncent les limites du haras de Bois Roussel, là où nous étions réfugiés en Mai et Juin 1940. Notre vie aurait pu se dérouler ainsi tel un long fleuve tranquille en attendant la suite des événements, mais dans le calme relatif de notre retraite champêtre, une agitation inexpliquée semble naître autour de nous. Le passage des convois allemands s'amplifie sur la route conduisant d'Alençon à Essai et cette vision journalière nous préoccupe au plus haut point.


On parle de la création de plusieurs aérodromes Essay, Lonrai, Semallé, à quelques kilomètres de notre résidence improvisée et on rapporte que des civils des villages voisins ont été réquisitionnés par l'organisation Todt pour creuser des tranchées. L’implantation de ces aérodromes par la Luftwaffe ne pouvait qu’attirer l’attention de la chasse alliée toujours aux aguets ...


Ventes de Bourse, Mesnil Brout et aussi les voies ferrées de Forges, Vingt Hanaps, Saint Gervais du Perron deviennent du jour au lendemain la proie des chasseurs de la RAF et de l’USAF.


Chaque jour apporte son lot d'imprévu et de diversion


Jours d'inquiétude... quelques jours où je ne note rien, et je ne suis pas dans le secret des dieux. .A quoi bon tenir un journal des événements ? Une seule chose, le mauvais temps et la journée qui s'écoule dans le bruit des formations aériennes passant au dessus des nuages, avions alliés contre la chasse allemande basée dans les aérodromes environnants, équipée en particulier de Focke-Wulf et Messerschmitt.


L'aviation américaine intervient le jour et la RAF dés la tombée de la nuit. Le bruit insistant d'armadas nocturnes passant au dessus de nos têtes trouble notre sommeil.


Les P47 aux ailes rayées de noir et de blanc nous survolent à très basse altitude et nos mouchoirs s'agitent en signes d'amitié. Nous avons l'impression que le pilote dans son cockpit incline les ailes de son avion pour mieux nous observer et c'est avec enthousiasme que nous le découvrons figé aux commandes. Les pilotes alliés volent si bas... cinquante mètres peut être ! Curieusement, ils semblent avoir pris la mairie comme point de repère avant de fondre sur leur proie, en l'occurrence, les chasseurs allemands qui s'apprêtent décoller.


10 Juin 1944: Nous ne sommes plus seuls !


Ce jour je presse avec force les écouteurs de notre rudimentaire poste à galène de fabrication familiale afin de percevoir les émissions de la BBC. Jean Marin, Robert schuman, Pierre Dac sont nos héros. Ils sont à Londres, de l'autre côté du Channel, et il nous font rêver. Soudain moment de stupeur... la face lunaire d'un soldat allemand se colle brusquement sur l'une des vitres de la fenêtre de la classe. Que vient il faire dans nos murs ?


Le lendemain, l'arrivée de lourds camions traînant des canons, des batteries de DCA à coup sûr, nous surprend en plein déjeuner ! Ce feldwebel n'est pas venu pour rien... il précède tout simplement l'installation, sous les tilleuls de l'allée de la mairie, d' une compagnie de servants de DCA. Cette intrusion dans notre campagne tranquille nous remplit d'inquiétude.















Le petit village de Bursard, dans l'Orne. Isolée à l'extrême gauche, la mairie ou vivra la famille Cornevin. Elle cohabitera quelques temps avec les servants d'une batterie de Flak. Ses canons viendront se camoufler sous les tilleuls de l'allée de la mairie.







Une dizaine de camions remorquant des canons recouverts de filets de camouflage vient alors se ranger sous les ombrages de l'allée . Nous réalisons ainsi que la tranquillité des lieux fait alors partie des souvenirs... sachant que cette présence inattendue risque d'accentuer la pression de l'aviation alliée. Nous avons constaté que tout mouvement au sol est immédiatement sanctionné par une gerbe d'obus... si d'aventure un avion allié traîne au dessus de nos têtes.


Revenus de notre surprise, il ne nous reste plus qu'à faire disparaître l'encombrant poste à galène et quelques photos compromettantes mettant en évidence le passé militaire dans l'armée de l'air de notre cousin démobilisé en 1940. Une photo représente son avion, un Potez, sur le terrain d’Auxerre, perdu au milieu d'un troupeau de moutons.





Pour le moment le cousin n'a plus d'avion à se mettre sous la dent mais ses souvenirs d'Afrique ont le don de me faire bâtir des plans sur la comète... C'est l'image exotique de Gao sur les boucles du Niger et la découverte par le rêve... des sables du désert...


Mais quelle sont les intentions des gradés de cette compagnie ? Plusieurs journées se passent. Chacun apporte ce qu'il sait ou croit savoir. Les nouvelles sont comme le temps... bonnes et mauvaises. A notre grande surprise... nos occupants essaient de ne pas trop nous perturber et traversent les premiers jours, les salles de classe, la cuisine, sans vouloir vraiment nous importuner. Ils n'ont pas encore découvert le premier étage, notre refuge, notre domaine, à mon frère et moi ,où siégent tous les postes de TSF des habitants de Bursard rapportés à la demande de la kommandantur. Nous, on ne joue pas dans le même registre que les grands... et notre passion c'est la chasse aux canards et aux poules d'eau avec nos deux chiens sur les bords de la rivière et dans les douves bordée de roseaux du haras de Bois Roussel. L'un de nos occupants nous apprend à identifier à partir de silhouettes imprimées sur une brochure, les avions de la R.A.F ou de l' US Air Force. Les silhouettes et les caractéristiques de ces avions volant hauts dans le ciel n'ont bientôt plus de secrets pour nous. Un soir, quelques soldats éméchés déclenchent une scène d'orgie dans la cour... Par prudence nous nous tenons à distance...


12 Juin: Disparition des batteries...


Ce jour, attaque de Mustangs. Avions faciles à identifier avec leurs ailes carrées. Nous commençons à comprendre les raisons de cette agitation autour de nous. Plusieurs aérodromes sont en cours d'installation dans les villages environnants.Nous apprenons que cinq soldats du groupe dépêchés sur place sur le terrain d'Essay pour préparer les appareils, sont tués ou mortellement blessés.


Un beau matin... soulagement... sans crier gare les camions disparaissent dans le village entraînant dans leur sillage leurs canons menaçants, mais pour s'installer à quelques centaines de mètres dans les prairies verdoyantes du haras de Bois Roussel, au lieu dit "les fontaines ". A peine visibles sous les branchages, il est très difficile de notre demeure, de les distinguer et pourtant les prairies au sud de Bursard sont très dégagées, pratiquement sans obstacle. Les pur-sang ne semblent pas trop s'émouvoir de la présence de ces intrus.


13 Juin: Un chasseur s'écrase sur la voie ferrée.


Combats aériens du côté de Semallé et Neuilly le bisson. Deux avions tombent en vrille. Nationalité inconnue.




En fait l’un des deux était le P47 du Lt Bentley ( originaire de l'Oregon ) dont l’avion, entraîné par la déflagration consécutive à l’explosion d 'un fourgon du train, percuta la voie ferrée prés de Vingt Hanaps. Le corps du pilote carbonisé restera longtemps sur place. Mr Bernard Pottier de Neuilly le Bisson, possède des souvenirs personnels et souhaiterait les restituer à la famille ou à ses descendants.




17 Juin: Le terrain d'Essay sert de cible ...


Un bruit sourd dans le lointain. De lourds nuages rasent le sol. C'est le terrain d'Essay qui sert de cible. Les serveurs cohabitant dans nos murs identifient des formations de Liberator, bombardier quadrimoteur.


Le vent défavorable atténue le grondement du bombardement. Un bruit sourd et persistant parvient jusqu'à nous.




Mai et juin 1940 Nous étions déjà réfugiés au haras de Bois Roussel. Les troupe françaises avaient laissé les locaux du château dans un état lamentable, tué les deux cygnes du bassin avant leur départ précipité vers le Sud.




Les motocyclistes allemands constituant l'avant garde de l'armée d'invasion nous avaient surpris un beau matin de Juin alors que nous étions à peine éveillés. Un tintamarre de moteurs sous nos fenêtres nous incitait à sortir de notre refuge pour découvrir le spectacle impressionnant de ces motards menaçants revêtus d'imperméables gris, couverts de poussière. Après une visite rapide de la maison, l'un d'eux s'installait au piano et interprétait des chants guerriers .


Note " La Luftwaffe face au débarquement allié de Jean Bernard Frappé . Témoignage d'un pilote allemand "Le 17 Juin peu avant 13 heures les pilotes allemands sont surpris par une vingtaine de mustangs qui réussissent à abattre 3 Focke-wulfs ..


"Nous avions fait de vrais efforts pour arranger le terrain lorsqu' une attaque nous prit par surprise . Nous nous sommes jetés à terre lorsque l'enfer se déchaîna autour de nous . C'était un chaos total . Une éternité plus tard nous étions toujours vivants.


En fait visité aux dernières heurs de la journée vers 20 heures 30 par 38 Liberator, le terrain d'Essay aura reçu prés de cent tonnes de bombes qui ont atteint leur cible. 25 autres B25 venus s'en prendre au terrain occupé par le I/JG 1 à Lonrai ayant mis à côté.


Suite à cette attaque qui a pratiquement détruit le terrain ,le II/JG 1 ne peut qu'abandonner ce site trop exposé et va s'installer dans les pâtures jouxtant le village de Semallé se rapprochant ainsi de Lonrai. Une piste en herbe étroite bordée d'arbres hauts a été installée et d'autres le seront encore dans les jours suivants dans les prés et dans les champs bordant la route reliant Alençon à Essay.




Ce jour ,combat d'avions qui entraîne l'incendie de la ferme de Beauvais.


22 Juin.


Il est environ 14 heures. Dans le lointain un avion tombe en vrilles derrière les épaisses frondaisons de la forêt de Perseigne.




Rapport de Mr Paganet de Cerisé: Le 22 Juin 1944 vers 14h30 s'est produit au dessus du bois de Maléfre ( Sainte Paterne ) un combat d'avion à la suite duquel un appareil allemand est allé tomber en flammes sur la forêt de Perseigne ,lieu dit " Le Fourolet " (Ancinnes ).




Le pilote sauta en parachute mais fut abattu par méprise par des collègues allemands lors de sa descente avant de s'écraser au carrefour de " Fontaine Pesée "


24 Juin:


Après quatre jours de mauvais temps... fébrilité des serveurs de batteries. Ils circulent en s'agitant dans notre cour bordant la mairie.


Combats d'avions de nationalité inconnues au dessus de nos têtes .









28 Juin: Un chasseur s'écrase prés de Semallé...


Un chasseur s'abat du côté de Valframbert nationalité Anglaise d'après quelques témoignages.


Je capte au poste à galène l'exécution de Philippe Hanriot.




Le 28 Juin 1944 un avion de chasse tombe à proximité de Semallé sur le territoire de la commune de Valframbert . La tombe du pilote inhumé sur place porte les indications suivantes : A british aviator identity unknown died on June 28 1944 . A dog-fight with german planes. Plane no MN818.




Note Après recoupement l'avion de Semallé pourrait être le Typhoon MN818 piloté par le FO Holmes 609 eme squadron.


29 Juin: Les yearlings affolées ...


Note: Bernard Frappé, Un pilote de la II/JG1 sera blessé ce jour du 28 Juin. le FHJ FW Brunner de la 6 Staffel a été pris pour cible par deux chasseurs ennemis alors qu'il circulait en voiture sur la route reliant Essai à Alençon.


Un autre jour , les yearling affolées par le passage de chasseurs bombardiers Thunderbolt piquant à basse altitude au dessus de nos têtes passent au grand galop à proximité de notre cachette. A plat ventre dans les hautes herbes prés d'une haie, nous n'osons faire un mouvement. Une frayeur ajoutée à une autre nous fait réfléchir au risque qu'il y a, de traverser les prairies alors que nos vaillants pur-sang sont en train de brouter l'herbe tendre de la prairie.


Combats aériens. On entend parler d'un bombardier allemand tombé dans la forêt de Perseigne.




Monsieur Jacques Paganet de Cerisé m'apporte le témoignage suivant




"Le 23 Juin à 2 heures du matin, un bombardier allemand tomba en forêt de Perseigne à quelques centaines de mètres de la maison forestière du Buisson et Mr Boissier Abel chef de district à l'époque sauva des flammes un blessé ce qui lui valut un diplôme de reconnaissance de l'armée d'occupation.


Cinq autres aviateurs périrent carbonisés. Une pancarte en bois intitulée ( Ici cendres humaines ) surmontait un édifice de pierres entassées les unes sur les autres. Cette pancarte disparut par la suite. Monsieur Blossier fit cela dans un but humanitaire et non de collaboration"




6 Juillet:


Un combat dans le lointain en cette fin d'après-midi. Plusieurs avions tombent dans la campagne environ au nord ouest par rapport à nous.


9 Juillet:


Au loin, un avion tombe en flammes du côté de Larré. un parachute se détache.....


16 Juillet: Ce dimanche Un bombardier s'écrase à " la Chouannerie "


Une explosion lointaine ...


Les bruits les plus divers circulent. Un avion allié est abattu par la DCA allemande à la Bélandrie prés de Larré, lieu dit " La Chouannerie " D'après le fermier, tout l'équipage de sept hommes a péri.


Il allait ravitailler parait il, en armes et munitions le maquis local. Les munitions explosent toute la nuit. La même question se pose. Quelle est la nationalité de cet avion ? allié sans aucun doute !




A la demande du maire de Larré J'ai pu identifier cet avion en 1998 avec l’aide de l'ANSA. Il s'agissait d'un quadrimoteur Halifax transporteur d'armes et de munitions qui, après avoir décollé de Tarrant Rushton devait ravitailler le terrain " Goudron " de Radon situé en limite de la forêt d'Écouves. Six victimes identifiées et une 7eme inconnue trouvée bien plus tard dans un champs de betteraves sous une trappe ou porte de l'avion. Cette victime non identifiée pourrait être un membre du SOE (Special operations executiv)


















Un bombardier Halifax.


Les feux marquant l'emplacement d'une zone de largage.





La cause de ce crash m'a été donnée en 1999 suite à un témoignage du maire de Forges. Une DCA était installée sur le territoire de Forges. parmi tant d'autres dont celle de Bois Roussel ( Les fontaines ); Les allemands suspectant la présence d'un terrain de parachutage dans les environs installèrent plusieurs feux figurant l'emplacement de la zone prévue de largage des containers.


Le pilote du Halifax piégé par la présence de ces feux réduisit la puissance des moteurs pour descendre à l'altitude de lancement. La flak allemande ne laissa aucune chance à l'avion lanceur et l'abattit. Les noms des membres d'équipage furent longtemps inconnus.


A la recherche des familles , j'ai pu trouver en 2003 Tom et Elsa Linning par l'intermédiaire d'un site de généalogie. Ils m'adressèrent la photo de l'un des membres de l'équipage William Edward Linning, 24 ans. Squadron Royal Canadian Air Force. 298 RAF (proche cousin de Tom linning ).flying officer operateur et mitrailleur à bord du Halifax. Ils découvraient ainsi 60 années après, la tombe de William et les circonstances du crash .William Linning originaire de l'Alberta est Inhumé aujourd'hui avec ses camarades canadiens au cimetière de Bretteville sur Laize ( Calvados ).















flying officer William Edward Linning



Royal Canadian Air Force



Autres membres d'équipage P/O James Foxall Crossley Pilote 24 ans, Sgt Edward Maurice Cyril Wilkinson flght eng 24 ans, WO Joseph Wilfred Romeo Fournier operateur et mitrailleur ,FO Derwood William Smith 22 ans bombardier , Sgt Enzo Biaggio Grasso bombardier 23 ans et un aviateur non identifié


Par la suite, j’apprendrai qu’une dizaine de terrains de parachutages avait été mis en place antérieurement à août 1943 par Edouard Paysant, chef départemental du BOA ( Bureau des operations aériennes ). Edouard Paysant devait quitter son domicile de Sées suite au crash du 4juillet 1943 d'un B 17 à Belfonds et après avoir organisé et facilité l’évasion de 6 membres d’équipage rescapés ( voir le rapport " independence day" du site ANSA ). Rappelons que les terrains de Montmerrei, le Merlerault, Haras des Rouges Terres reçurent des tonnes de munitions mais aussi plusieurs agents secrets préparant ainsi l'armement des résistants à l’approche du débarquement.


Les conséquences... Nombreuses arrestations de membres du BOA dont mon voisin Albert Frémiot, place du Parquet à Sées, notre instituteur Jean Mazeline au cours complémentaire. Après un emprisonnement au château des ducs d'Alençon tous deux seront fusillés à l’home chamodot ( Orne ) le 8 août 1944 avec deux autres résistants.


Dans le cadre de ce crash rappelons l'arrestation et la déportation de plus de 20 habitants de Sées et des environs dont les quatre gendarmes de la brigade locale.




18 Juillet:


Combats aériens. Pour nous c'est un spectacle courant. Le problème, c'est que nous ne savons jamais quel est le vainqueur.


20 Juillet: Un poste émetteur dans la forêt ...


Un agriculteur voisin ( je n'ai jamais pu connaître son identité ) un peu éméché, arrive affolé dans notre demeure. Il vient de trouver dans la forêt proche, un engin qu'il ne parvient pas à identifier. Par curiosité, nous le suivons prudemment, Le moindre craquement des branches mortes dans le silence de la forêt nous fait tressaillir. Pas d'allemands en vue, il nous entraîne à travers sentiers et ombrages dans une semi pénombre vers le lieu de sa découverte... le bois à Léguernay. Une masse blanche se détache sous les branches. Finalement, avec étonnement nous découvrons sous le couvert des grands arbres, un parachute recouvrant partiellement un poste à lampes. Plusieurs lampes sont cassées, au milieu de débris de verre épars sur les feuilles mortes... Notre guide témoigne:


" Craignant l'explosion d'un engin, ,je me suis caché derrière un arbre et j'ai assené plusieurs coups de bâtons sur la boite fixée au parachute". Résultat... un poste radio complètement détérioré et pratiquement irrécupérable. C'était à coup sûr un poste émetteur destiné à la résistance locale et maintenant hors d'usage.


Le lendemain, deux hommes, mines sombre et peu engageantes surgissent à la tombée de la nuit alors que nous sommes encore à table. Ils laissent transparaître une certaine inquiétude. A mots couverts ils nous demandent si nous n'avions pas eu connaissance d'un parachutage dans les environs... Hésitation de notre part... Gestapo ou Résistance ? Cette incertitude dictée par une prudence compréhensible nous incite à rester muets devant ces questions précises. Nos deux inconnus repartent déconfits et suspicieux.




Avec le recul, je reste persuadé que ce poste émetteur parachuté que nous venions de trouver complètement détérioré, était destiné au groupe Tessier de Tanville réfugié à Vingt Hanaps. Nous savons aujourd'hui que ce groupe devant la menace d'une intervention à Tanville avait été obligé pour des raisons de sécurité de quitter les lieux. Le maire et un habitant venaient en effet d'être fusillés par les allemands.




Ce groupe maintenant établi à Vingt Hanaps avait dû déménager une fois encore en raison de la proximité des terrains d'aviation de Lonrai et de Semallé.


Une perte énorme pour ces résistants dont la qualité de la communication par radio avec les services de la RAF était l'un des gages de réussite des missions de ravitaillement en armes et munitions. En effet ces missions de parachutages nocturnes avaient pour but de fournir armes et munitions, dans le cadre du plan "tortue " , aux résistants sur le pied de guerre depuis l'annonce du débarquement des troupes alliées ...




Ménil Erreux ( note dans le pays d'Essai Mr Paguenet Jacques )




A Menil Erreux qui se trouve à l'écart des routes nationales et des lignes de chemin de fer les opérations de guerre se sont réduites à peu de choses.


Fin Juillet les Allemands y ont aménagé dans les prés voisins de la " Normanderie " un vaste terrain d'aviation ( d'au moins 150 hectares ) mais la maîtrise de l'air que possédait les alliés les ont empêchés de l'utiliser plus de 5 ou 6 jours..."


29 Juillet: Un blessé ......


Visage ensanglanté, un serveur des batteries de DCA arrive jusqu'à nous pour recevoir quelques soins. Un obus lui a éraflé l'oreille gauche alors qu'il servait l'une des batteries installée " aux Fontaines ", lors de l'attaque récente des P47 . L'un de ses collègues lui fait un solide pansement.


Au loin des fusées s'élèvent dans le ciel étoilé de ce mois d’été et descendent avec une lenteur infinie.


30 Juillet 1944: Sombre dimanche ! Crash d'un Mosquito !


Il y a tant d'étoiles dans le ciel ! Nous dormons à poings fermés malgré le déroulement des événements de la veille. Un avion rase le toit de notre refuge mais cette fois nous avons pris la précaution de dormir à la cave espérant y trouver davantage de sécurité. Une lourde explosion fait vibrer la maison. Réveillés en sursaut, nous n'osons sortir de notre abri.














Un DeHavilland "Mosquito"



31 Juillet 1944: Découverte de l'épave ...


Dés l'aube, vers six heures, un serveur allemand habitué des lieux, frappe à notre porte et nous fait comprendre qu'un avion est tombé à proximité de la route. Ma curiosité m'incite à le suivre et en fait il ne fait aucune objection. Un bosquet noirci par les flammes sur un demi hectare, des morceaux métalliques épars encore fumants. Et devant nous, les corps atrocement mutilés des deux occupants, le pilote et le navigateur, reposant au milieu d'un amas de branchages. En un seul mot le serveur des batteries me fait comprendre qu'il s'agit d'un Mosquito chasseur de nuit de la RAF abattu par la DCA locale. Il tire une carte d'identité de la vareuse de l'une des victimes et la conserve sur lui... peut être pour la remettre à la croix rouge ?


Inutile de dire que ce drame nous désespère, sachant que les alliés progressent sur tous les fronts. Le problème est de savoir comment notre région va être libérée et dans quelles conditions pour tous.


Les allemands ne tardent pas à se manifester. Dés le surlendemain, après avoir recueilli les corps des victimes, ils organisent une rapide cérémonie à la limite de notre jardin, à quelques mètres de nous et malgré notre insistance refusent notre présence sur les lieux. Un peloton d'hommes en armes est déjà présent prés de la future sépulture.


Une salve trouble le silence de notre campagne. L'émotion est grande.


Cette cérémonie expéditive s'est déroulé devant nos yeux, dans le plus grand silence.


Il s’agissait de Frank Carr flying officer ( nav ) 24 ans, royal vunlonteer reserve de Swinton manchester et Robert Henry Clark flight lieutenant 24 ans, royal volunteer reserve ( parents habitant Fulham London ) tous deux du 487 eme squadron de la Royale New Zeland Air Force.

















Flying Officer ( Nav ) Frank Carr

Flight Lieutenant Robert Henry Clark


No 487 Squadron, Royal New Zeland Air Force






Frank Carr, au milieu, deux semaines avant le crash de son mosquito à Bursard le 30 juillet 1944.





14 Avril 1996 Bursard




Un pâle soleil perce la brume ...Il est pourtant midi


Une tombe en marbre clair ,isolée dans un angle du cimetière ( dans le fond à gauche ) avec cette épitaphe " A la glorieuse mémoire de Flying officer Francis Carr no 148458 27 Octobre 1919 30 Juillet 1944 et de Robert Henri Clark No 487 Squadron RNZAF 16 Février 1920 30 juillet 1944 Tombés en combat aérien dans le bois de la Garenne Bursard Orne RIP "


"The other generations might possess from shame and menace . Free in years to come a richer heritage of happiness they marched to that heroic martyrdom "
















Tombe de Frank Carr et Henry Clark au fond du cimetiere de Bursard


Croix située sur les lieux du crash, dans le bois de la Garenne.







Commémoration du cinquantenaire en 1994.





1er Août: Un général inconnu.... Leclerc


C'est la surprise ! Écoute de la BBC Une division française aurait débarqué en Normandie. Un nom revient souvent... Leclerc


Une voix lointaine perce le brouillage . Elle annonce la disparition de Saint Exupéry en Méditerranée. Pour moi c'est l'évocation de " courrier Sud ", " Vol de nuit ", "Terre des hommes ", " Le petit prince".





12 Août 1944: Enfin !


La joie est totale… La libération de notre secteur se déroule sans trop de problèmes. Par contre les allemands dans leur départ précipité, ont fait sauter toutes les batteries de DCA entourant notre mairie, abandonnant une quantité impressionnante de matériel. Sous l'une des batteries... un paquet de photos évadées d'un porte-feuille. Je me fais un devoir de les récupérer. Elles meubleront mon album familial. Sur l'une d'elles, des fantassins de la Luftwaffe posent assis sur l'affût d'un canon pour un photographe anonyme. Le serveur tient fièrement entre ses bras un obus, prêt à l'introduire dans la culasse. Des souvenirs de campagne de guerre qui n'atteindront jamais les familles ....
















Un canon de Flak saboté par les Allemands avant leur départ précipité.


Une photo souvenir des servants de la batterie retrouvée par Roger Cornevin.










Jean et Roger Cornevin


Les libérateurs accueillis par la population normande .





A Key West (Floride ) je rencontrerai en 1962 un officier américain qui me racontait enthousiasmé, avoir participé à la percée d'Avranches, et ensuite à la libération des villages environnant la région d'Alençon, avec la 3eme armée Patton. Sous le chaud soleil du mois d'Août, assommé par les rasades de "calva" , il n'avait pu continuer sa route. ll ajoutait toutefois "Les haies de la verte Normandie, c'est une chose que je n'oublierai jamais ! Au détour de chaque haie c'était l'embuscade ! " Parlait il de l'ennemi ou du calva ?














Merci de demander l'autorisation de l'auteur pour une publication partielle ou complète de ce récit







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